Mounir Baatour après avoir quitté le pays : « Les islamistes ne me feront pas taire »

(AP Photo/Hassene Dridi)

Le fondateur de l’association Shams, première association de défense de la communauté LGBT Mounir Baatour, a fait l’objet, comme il le confirme, de menaces à l’issue des résultats des récentes élections. Il a du quitter précipitamment le pays vers la France où il est actuellement installé.

Récemment, le concerné a publié une lettre pour clarifier les circonstances de son départ mais aussi pour assurer sa détermination de continuer sa lutte. En-voici le texte :

On sentait les menaces se rapprocher dangereusement ces derniers jours. Elles ont pris une mauvaise tournure sur les réseaux sociaux où pas moins de cinq fatwas pour « blasphème » ont été lancées contre moi par des immams notoirement populaires invitant à mon meurtre, sans pardon possible. Une gradation théologique supplémentaire…

Je n’ai pas pour habitude de fuir mes responsabilités, au contraire. Depuis la création de Shams et de ma candidature à l’élection présidentielle, je n’en suis pas à ma première intimidation, j’ai toujours répondu frontalement par le Droit et le respect des règles fondamentales de notre constitution.

Sauf que depuis les résultats de nos récentes élections présidentielles et législatives, les islamistes radicaux se sont sentis pousser des ailes en toute impunité. La situation devenait intenable pour moi. Et je le regrette profondément.
J’ai donc dû prendre précipitamment et provisoirement un avion pour la France où je navigue entre Marseille et Paris.

Occasion de remercier mon ancien Directeur de campagne, Olivier Morin mais aussi la solide confraternité des avocats des Barreaux de Marseille et de Paris, tout comme la chaleureuse mobilisation des associations LGBT+ françaises pour leurs soutiens, aides, appuis…

Il va de soi que Shams continuera à agir avec la même efficacité pour venir en aide aux jeunes LGBT+ en souffrance en Tunisie. Et l’intensité du travail va être tristement décuplée dans les mois qui viennent, je le redoute.

Il va de soi aussi que je poursuivrai ma lutte pour la dépénalisation de l’homosexualité dans notre pays. Peut-être avec plus d’acharnement encore. Ici, en France, depuis mon arrivée, je ne compte pas mes heures pour rencontrer les personnes les plus influentes afin de les sensibiliser au respect des droits de l’Homme et de la Femme en Tunisie.

Mes cher.e.s ami.e.s, les islamistes ne me feront pas taire. Vous pouvez compter sur moi, sur ma détermination, pour qu’un jour, la Tunisie soit à la hauteur des enjeux démocratiques réels loin des petits calculs politiciens locaux, nationaux et internationaux. De l’autre côté de la Méditerranée, je demeure vigilant, actif, et suis de tout cœur avec vous toutes et tous.

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