Ce que Jamal Khashoggi pensait de la Tunisie

L’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi fait toujours la une des journaux du monde entier et ne cessera de faire couler beaucoup d’encre pour quelque temps.

Les détails émergents ici et là sur ce qui s’est réellement passé le 2 octobre au sein du consulat de Riyad à Istanbul représentent toujours les pièces d’un puzzle incomplet. Seule information confirmée, même pas les autorités saoudiennes :  Khashoggi a bel et bien été tué au sein de l’établissement diplomatique.

La position officielle de la Tunisie, quant à cette affaire, a été maigre et décevante. Le ministre des Affaires étrangères Khemaies Jhinaoui a déclaré, hier, que la Tunisie condamnait l’assassinat de Khashoggi tout en appelant à ce que cette affaire ne soit pas un prétexte pour déstabiliser le Royaume.

« Cet incident ne doit pas être instrumentalisé pour déstabiliser le royaume à l’échelle arabe et internationale, les autorités saoudiennes enquêtent d’une manière sérieuse sur cette affaire, nous devons attendre les résultats » , a-t-il dit.

Le ministre a poursuivi, confiant, en assurant que « le royaume d’Arabie saoudite va surmonter la crise ».

On s’attendait, théoriquement, à une position plus sévère, condamnant fermement l’assassinat, sans paraître frotte-manche ou même neutre. Mais en nous rappelant du soutien apporté par la Tunisie au royaume saoudien dans sa guerre au Yémen, et les récents exercices militaires communs entre les deux pays, on comprend ce rapprochement pas très discret.

« C’est une position honteuse », a dénoncé le parti Attayar qui a vivement critiqué les déclarations de la diplomatie tunisienne et a pointé, de nouveau, du doigt la participation de la Tunisie l’alliance islamique menée par le royaume saoudien contre le Yémen.

Khashoggi et la Tunisie

Le journaliste saoudien ne ratait aucune occasion, en parlant de la démocratie dans le monde arabe, pour évoquer l’exception tunisienne.

A chaque fois que le printemps arabe est discuté,  Jamal Khashoggi faisait l’éloge de la Tunisie et encourageait, à sa façon, sa transition démocratique trébuchante et inachevée.

En avril dernier, et lors d’un speech donné au Centre des Etudes du Moyen-Orient à l’Université de Denver et au Centre pour l’étude de l’islam et de la démocratie à Washington, le Saoudien a estimé qu’ « il y a de grands espoirs pour la démocratie en Tunisie ».

« La nécessité immédiate pour la Libye, la Syrie et le Yémen n’est pas une bonne gouvernance, mais un mécanisme pour mettre fin aux meurtres. Inévitablement, la question de la bonne gouvernance se posera. Il y a de grands espoirs pour la démocratie dans d’autres pays qui ne sont pas plongés dans un conflit civil ou interne, comme la Tunisie, qui lutte pour un système démocratique durable« , avait-il déclaré.

« En dépit des progrès accomplis, un grand nombre de mes amis tunisiens s’inquiètent pour la démocratie. Ils ne veulent pas jouer le rôle de prêcheur pour le reste du monde arabe. Ils veulent simplement être laissés tranquilles. Pourtant, je pense toujours que les Tunisiens ont une responsabilité importante.

Les chaînes d’information qui soutiennent la liberté et le changement politique au Moyen-Orient devraient consacrer un temps raisonnable à couvrir même les élections municipales en Tunisie. Chaque Saoudien, chaque Égyptien et chaque Syrien devrait voir ce que les Tunisiens vivent et apprennent à apprécier. J’espère que cela inspirera le reste du monde arabe à œuvrer pour un changement pareil« .

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