Les défis de l’ARP

Le Président de la République a donné le coup d’envoi de la rentrée politique à travers un discours polémique. En revanche, la rentrée parlementaire a eu lieu dans l’indifférence totale. Mais la tension est montée de plusieurs crans après les révélations fracassantes du FP sur l’implication présumée des Islamistes dans les assassinats de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, suivies des tentatives désordonnées et nerveuses des Islamistes de se disculper. Sur cette question, le peuple a droit à toute la vérité.

Pour revenir au parlement, il faut souligner que les défis qui attendent l’Assemblée des Représentants du Peuple en cette dernière année de son mandat sont multiples. Leur portée à la fois politique et constitutionnelle est d’une très grande importance. L’image qui se dégage, toutefois, de l’ARP est celle d’un cénacle d’individus absentéistes et opportunistes, paresseux et soucieux de leurs privilèges.

Il faut dire que les blocs qui se font et se défont de manière quasi quotidienne, la priorité accordée aux prétentions de leurs partis plutôt que les priorités nationales ou d’intérêt général et les retards accumulés dans l’examen de bon nombre de questions sont autant de raisons qui écornent sérieusement cette institution supposée être la plus influente selon la Constitution. En effet, l’ARP est dans l’obligation de parvenir à atteindre,au moins,trois objectifs :

– L’élection d’un nouveau président de l’ISIE après la démission de Mansri, condition essentielle pour la tenue des futures échéances électorales prévues à la fin de l’année prochaine.

– L’élection des trois membres restants, parmi les 4, de la Cour constitutionnelle, condition incontournable pour le bon fonctionnement des institutions politiques.

– La mise en place des autres instances constitutionnelles indépendantes prévues dans la Constitution (Instance des droits humains, Instance du développement durable et des générations futures, Instance de la communication audiovisuelle).

L’ARP se pencherait éventuellement, aussi, sur une nouvelle loi électorale qui prévoirait l’élévation de la barre à 5% au lieu des 3% pour le remboursement des dépenses électorales ou la comptabilisation des suffrages, ce qui serait seulement favorable aux « grandes » formations partisanes et réduirait la représentation politique au sein des instances élues.

Cependant, la nouvelle configuration de l’ARP va-t-elle faciliter cette tâche ou, au contraire, la rendre plus compliquée ? Le groupe « l’Alliance Nationale », prêté à YC, fera-t-il « bloc » systématiquement avec les Islamistes ? Nidaa Tounès et les autres vont-ils s’aligner ou faire de l’opposition ?

Rien n’est moins sûr d’autant plus que l’on rentre dans une année pré-électorale qui risque de bouleverser certaines données. Beaucoup vont penser à leur propre avenir au détriment de leurs « convictions » politiques, alors que d’autres vont se laisser probablement séduire par des « promesses » pour leur futur ! C’est dire que la transition politique et institutionnelle, qui souffre encore d’insuffisances criardes, risque de connaître des lendemains chaotiques…

Lotfi LARGUET
Tunis-Hebdo du 08/10/2018

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