Comment « endiguer la dérive autoritaire en Tunisie » !

CP : SIPA PRESS

Le septième anniversaire de la révolution tunisienne, n’avait rien de festif. Le pays vit en effet au rythme de tensions grandissantes, émeutes, manifestations, contestations qui ont par endroits dégénéré en braquages et faits de violence.

Le triste bilan affiche près de 1000 arrestations et un mort. En cause directe : la cherté de la vie et une loi de finances 2018 qui a mis la poudre au feu. Mais le malaise est plus profond et plus global. La crise politique et sociale dure depuis un certain temps et les tentatives de rafistolages politiques se sont avérées inefficace.

La bipolarisation, principal obstacle au processus de démocratisation

C’est du moins le constat de nombreuses ONG et centres de recherches, dont le dernier en date est un rapport publié par le « International Crisis Group » (ICG) le 11 janvier et intitulé : « Endiguer la dérive autoritaire en Tunisie ». Si le titre semble exagérer une situation de tension et de blocage politique, ce rapport explique la situation et présente des pistes de solutions pour faire face à un retour de la « tentation » autoritariste.

Michael Ayari, politologue et directeur d’ICG en Tunisie explique dans ce rapport que la bipolarisation politique instaurée dans un équilibre fictif du couple Ennahdha et Nidaa Tounes est le principal obstacle au processus de démocratisation entrepris dans le pays depuis 2014.

Faiblesse de l’Etat et « Nostalgie de la dictature »

« La polarisation politique et la nostalgie, illusoire, d’un gouvernement centralisé fort planent au-dessus du septième anniversaire du déclenchement de la révolution tunisienne de 201 », a-t-il ajouté soulignant que la Tunisie risque de basculer dans « ses anciens travers autoritaires ». Il désigne pour responsable le manque de volonté politique des deux pivots de la coalition au pouvoir (nationaliste et islamiste) et leur réticence à mettre en application la Constitution de janvier 2014.

Le rapport alerte sur la possibilité de « dérives autoritaires », « d’émeutes incontrôlables » et même de risque d’attentats djihadistes et d’assassinats politiques. Tout dénote la faiblesse de l’appareil d’Etat qui s’accompagne d’une « Nostalgie de la dictature » selon l’auteur du rapport.

Le rapport se résume comme suit :

Sept après la révolution : une situation de blocage ; économique politique et social. La coalition au pouvoir bloque les réformes promises (Cour constitutionnelle, élections municipales, instances constitutionnelles indépendantes) garantes d’une transition démocratique.

Par ailleurs La situation économique ne cesse de se détériorer et l’instabilité sociale ne fait qu’aggraver la situation. Les investissements étrangers se tarissent, l’économie parallèle explose. Selon le FMI le déficit budgétaire s’élève à 6% du PIB, la dette publique à 70% du PIB, la croissance stagne à environ 2% tandis que le déficit commercial a atteint un niveau record et un taux de chômage très élevé (30% chez les jeunes). « Le pays n’a pas réussi à proposer un nouveau modèle de développement », selon M. Ayari.

« Pessimisme national »

Ce constat de blocage a fait naitre « un pessimisme national » et une nostalgie manifeste pour l’Etat fort et autoritariste. « Cette dérive autoritaire s’explique en partie par la nostalgie du régime de Ben Ali ».

L’auteur souligne par ailleurs que si la dérive autoritaire actuelle a peu de chances d’aboutir à l’établissement d’une dictature, elle menace d’accentuer l’enlisement politique et social ainsi que la dégradation de la situation sécuritaire.

Pour faire face à ces « évènements imprévus » tels que « de nouvelles attaques jihadistes de grande ampleur », « des assassinats politiques » des émeutes incontrôlables ou « la vacance provisoire ou définitive de la présidence de la République », le rapport du Think Tank souligne que le pays est « contraint » de consolider ses institutions en respectant et en mettant en œuvre la Constitution.

Il livre ainsi une « feuille de route » avec par ordre de priorité :
  • Organiser les élections municipales en 2018 et, s’assurer « dans l’immédiat » du bon fonctionnement de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) ;
  • Mettre en place la Cour constitutionnelle dans « les plus brefs délais » ;
  • Procéder à la création des instances constitutionnelles indépendantes « sans les vider de leur contenu » ;
  • Accroitre l’autonomie financière et administrative du parlement.

L’auteur a par ailleurs pointé la proposition du président de la République, en ajoutant que ceci « reviendrait à rouvrir les hostilités » dans un contexte national et international propice au retour des régimes autoritaires.

Dans le cas ou Ennahdha, majoritaire au parlement, s’opposerait à tout amendement constitutionnel remettant en cause le régime politique parlementaire, la Tunisie se verra replonger dans une polarisation « plus violente que celle de 2013 ». Dans le cas où il accepterait l’amendement ceci induirait une nouvelle concentration du pouvoir aux mains de la présidence de la République. Le régime durcira et évoluera fatalement vers un autoritarisme franc.

Le rapport qui se présente comme une alerte, se conclut cependant par une note optimiste en saluant les efforts d’un « pays qui continue d’avancer, bien que de façon peu linéaire ».

A.D.

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