La fuite vers Sidi Bou Saïd : Un texte superbe de Conrad Detrez

Merveille entre toutes, le village de Sidi Bou Saïd compte incontestablement parmi les splendeurs de la Tunisie. Chanté par les poètes, décrit par les écrivains et recréé par les photographes et les plasticiens, Sidi Bou Saïd n’en finit pas de passionner et attirer les visiteurs comme un aimant.

Récemment, ce village était recensé parmi les cent endroits qu’il faudrait avoir vu avant de mourir. Tout aussi récemment, Sidi Bou Saïd était compté parmi les plus beaux lieux mythiques de la planète.

Dans ce concert d’éloges, il est un texte vers lequel je suis toujours revenu depuis des années. Il est écrit par un écrivain né belge puis naturalisé français, le fameux Conrad Detrez qui s’était distingué en obtenant le prix Renaudot de l’année 1978 avec son roman « L’herbe à brûler ».

Ce texte est admirable de concision et de poésie et je vous propose d’en découvrir quelques extraits qui évoquent cette fuite vers Sidi Bou Saïd qui vous prend lorsqu’on se retrouve prisonnier de Tunis.

Detrez écrit: « On se sauve par la chaussée établie sur le lac, à l’entrée de la ville. On file droit devant soi, on traverse des bourgs aux villas cossues. On cherche en vain des yeux les ruines d’une cité qui fut grandiose: Carthage, et on tombe sur un éperon rocheux qui domine la mer. Là-haut perche le village de Sidi Bou Saïd.

On y grimpe, on monte vers le ciel, l’espace, le silence. On délaisse automobiles, agitation, bruit des trains. On entre dans une zone de quiétude. La paix a ses couleurs. Elle est blanche, elle est bleue.

Quelque chose de sacré, de pur, se dégage de l’ancienne thébaïde maraboutique. Les maisons, les palais, étagés sur les flancs du piton, font songer aux tableaux de Vieira da Silva.
Les volumes, les tons et les lignes se sont reportés sur ses toiles comme ils ont dicté le geste de sa main à Paul Klee.

Les ruelles pavées, les jardins protégés, secrets, débordant de bougainvillées, les façades à jambages, les toits de tuiles vernissées, les petits patios, les fenêtres à moucharabieh, tout cela compose un urbanisme intime, chaleureux. Tout cela produit une architecture rare. »

Ce texte de Detrez est à mon sens d’une beauté rare et parvient à saisir la beauté fluide de la colline mystique aux demeures patriciennes. Des pages d’anthologie !

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