La mort lente de l’Organisation Nationale de l’Enfance Tunisienne

Kais Farfra, Hafedh Slimani et Ines Fakhfakh – ONET. CP : Webdo

Née le 21 mai 1947, l’Organisation Nationale de l’Enfance Tunisienne (ONET) est l’une des entités les plus ancrées dans l’histoire de la société civile en Tunisie. A travers les décennies, l’ONET a accueilli des dizaines de milliers d’enfants et de jeunes tunisiens et a participé à leur formation dans la transition vers la citoyenneté. Cependant, tout n’est pas rose, et les difficultés ne manquent pas.

Webdo est allé à la rencontre de membres du bureau exécutif, dont Hafedh Slimani, président de l’organisation.

Un nouveau bureau exécutif

Le 24ème congrès national a eu lieu fin avril, à Hammamet où 425 participants représentants de 27 bureaux régionaux ont pris part à ce rendez-vous. Le congrès a donné naissance à une nouvelle liste, et un nouveau bureau exécutif sous la présidence de Hafedh Slimani.

Ce bureau est chargé de la mise en place de la stratégie générale de l’organisation et le contrôle de  l’exécution au niveau des bureaux régionaux.

Education environnementale, sécurité routière, premiers secours

En dépit de la difficulté de la période suivant la révolution, l’organisation n’a pas arrêté ses sessions de base, nous a expliqué Kais Farfran membre du bureau exécutif et responsable de « tanmya bachareya ».

« Chez nous, le jeune commence à partir de 18 ans, avec plusieurs niveaux de formation, à commencer par la session de base, puis petit à petit pour rejoindre l’administration. Le plus haut degré c’est celui de formateur.

Les spécialités qu’on présente aux jeunes sont toujours liés à l’enfant, comme les jeux intérieurs et extérieurs, l’expression corporelle, les chants, l’éducation musicale, etc… Nous sommes Ttout de même en train de considérer le renouvellement des spécialités, c’est à dire garder les spécialités classiques et en ajouter d’autres comme l’éducation environnementale, la sécurité routière, les premiers secours et autres », a-t-il expliqué.

Entre 500 et 700 nouveaux jeunes adhérents chaque année

De son côté, Hafedh Slimani a fait savoir que l’organisation est dirigée pour l’enfance mais elle joue également un rôle d’encadrement auprès des jeunes, qui sont recrutés pour les initier à travers différentes échellee de formation à partir de l’âge de 18 ans.

« Je vais commencer par les cadres, parce que c’est important, on compte 30.000 adhérents qui sont passés par des stages au sein de l’organisation. Chaque année on forme entre 500 et 700 nouveaux jeunes adhérents.

Pour le nombre d’enfants, il existe deux périodes : celle des activités continues qui s’étend de septembre à juin, consacrée aux activités au niveau des clubs au niveau des bureaux de l’ONET ou des écoles, dans le cadre d’un partenariat avec le ministère de l’Education, et la deuxième période estivale, durant laquelle on couronne le travail de toute l’année avec des activités estivales dans les différents bureaux de l’ONET en juillet et août.

10.000 enfants dont 5000 participants aux activités estivales

Au total, 20.000 enfants par an, dont 5000 participants aux activités estivales, participent à nos activités », a ajouté le président de l’ONET.

Slimani a ajouté que l’organisation se concentre plus sur l’aspect social et les enfants issus de familles défavorisées, dont la majorité se trouve dans les régions intérieures du pays, soulignant le problème d’infrastructure à laquelle fait face l’organisation de l’enfance tunisienne.

«  Même le partage des écoles dans lesquelles les activités auront lieu se fait en retard. On doit connaitre combien d’écoles nous aurons à notre disposition, la capacité d’accueil, le nombre de lits pour fixer le nombre d’enfants qui profitera des activités etc… »

L’Etat doit investir dans l’enfance

Les trois membres de l’ONET ont effectué le même appel : l’Etat doit investir dans l’enfance et la jeunesse en mettant à leur disposition des centres « balnéaire » adéquats et fonctionnels pour accueillir les enfants de la Tunisie, qui n’ont pas les moyens d’aller aux hôtels en été.

« On manque de centres, et l’Etat peut nous les fournir. C’est un créneau sur lequel il doit travailler. C’est ça le vrai investissement » s’est exprimé Ines Fakhfekh, secrétaire générale de l’organisation.

Les phénomènes qui dérangent

Concernant le présent des enfants tunisiens, le président de l’ONET a mis l’accent sur la multiplication des « phénomènes qui dérangent en Tunisie », citant comme exemple le nombre de suicides chez les enfants et le taux de déscolarisation.

« Il n’y a pas que les solutions horizontales, si on met tous la main dans main et on s’entraide Etat, structures de l’Etat, ministères et autres entités pour valoriser les programmes proposés par les organisations nationales, pas seulement l’ONET, on peut faire passer le message, mieux encadrer nos jeunes et nos enfants.

« On se demande après pourquoi un jeune s’est fait exploser »

On a voyagé et on a vu ce que les autres pays, même ceux qui ne sont pas meilleurs que la Tunisie, mettent à la disposition de leurs enfants et à quel point ils accordent de l’importance à ces activités.

On se demande après pourquoi un jeune s’est fait exploser. C’est normal, il n’a rien à faire : soit il est englouti par les nouvelles technologies et là il peut virer et suivre une fausse voie, soit il sera recruté par d’autres personnes.

De même pour l’enfant, s’il ne trouve pas où jouer durant été, ça donnera naissance à des phénomènes qu’on veut éviter comme le tabagisme et les petits délires. Notre rôle est de réparer cette faille, mais on ne peut pas le faire tous seuls. Avec nos propres moyens et efforts personnels, on ne peut pas y arriver », nous a déclaré Hafedh Slimani.

Le budget en chute libre

Ines Fakhfakh a souligné l’accablante situation financière de l’ONET, notamment après la révolution. Chose qui a été confirmée par Hafedh Slimani qui a fait savoir que l’organisation recevait 60.000 dinars du ministère de la Jeunesse et des sports, mais depuis 2011, s’est trouvé dans une situation assez difficile, d’où parfois l’absence d’envoi d’argent.

« Avant la révolution, notre budget interne était de quelques millions de dinars, on organisait plus d’activités même avec des camps à l’étranger, mais aujourd’hui on dispose d’en moyenne  100.000 dinars par an, en plus des entrées des adhésions annuelles, des camps de l’été, et des entrée du centre d’Ezzahra. Tout ça ne peut pas couvrir toutes les dépenses de l’organisation, entre autres les salaires » a expliqué la secrétaire générale.

Le centre d’Ezzahra est devenu non-fonctionnel

« En tant qu’organisation, on a des ressources internes comme le centre d’Ezzahra, dans lequel il y a des espaces qu’on loue. Ce dernier a été pillé après la révolution, puis exploité illicitement durant 1 an et demi,  et est devenu non-fonctionnel.

L’Etat et les ministères concernés doivent accorder de l’importance à ce centre qui occupe un emplacement stratégique et peut servir d’espace pour les rencontres internationales. Mais aujourd’hui, on ne plus l’exploiter comme on le faisait avant, et les entrées ont diminué », a regretté Kais Farfra.

« On pense que notre rôle est important en Tunisie. On se considère comme une organisation phare dans ce secteur mais on a beaucoup de difficultés à jouer ce rôle comme on le souhaite.

On ne peut le faire que si les efforts sont réunis, et c’est là qu’on pourra alors assurer un environnement sain pour les enfants tunisiens et les aider à devenir de meilleurs citoyens », se sont accordés nos trois interlocuteurs.

I.B.

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