Ali Laarayedh a laissé filer Abou Iyadh pour éviter un bain de sang… Mais à quel prix !

L’attaque terroriste de Kasserine contre le domicile du ministre de l’Intérieur, Lotfi Ben Jeddou, a suscité de multiples réactions au point de faire un retour en arrière et revenir sur l’épisode du «siège» de la mosquée El Fath, le 17 septembre 2012.

Abou iyadh

Habib Rachdi, secrétaire général adjoint du Syndicat de la Sûreté républicaine, a d’ailleurs su relier les deux événements, jugeant qu’en ayant laissé Abou Iyadh et d’autres recherchés «gambader» dans la nature, on a ouvert la porte au terrorisme.

Il «accusera» Taoufik Dimassi, ancien directeur général au sein du ministère de l’Intérieur d’avoir permis à Abou Iyadh de s’enfuir «tranquillement» de la mosquée. En guise de réplique, Taoufik Dimassi confirmera avoir reçu l’ordre de ne pas arrêter le leader d’Ansar Achariaâ alors qu’une opération pour son interpellation était en cours.

Taoufik Dimassi n’a fait qu’obéir aux ordres de ses supérieurs, selon ses dires. Habib Rachdi va alors désigner Ali Laarayedh, l’ancien ministre de l’Intérieur (à cette époque) comme la personne ayant donné ces contre-ordres.

Dans une intervention sur Express FM, l’ancien Chef du gouvernement confirme les propos de Taoufik Dimassi. «J’ai donné l’ordre strict de capturer Abou Iyadh, la mosquée El Fath était encerclée et on était sur le point de le cueillir… Toutefois, après une évaluation sur le terrain, mes directeurs généraux ont conclu qu’une telle opération pouvait dégénérer et se solder par des victimes».

Selon Ali Laarayedh, le degré de danger a été évalué et ce sont ses hommes sur le terrain qui ont demandé à ce qu’on laisse filer Abou Iyadh, pour le poursuivre plus-tard. Cela explique sa décision de laisser s’échapper le leader d’Ansar Achariaâ.

Sur un plan purement sécuritaire, cette version, appuyée par les professionnels de la sécurité, est acceptable voire convaincante. C’est une version qui arrange Ali Laarayedh. Mais si on prend en compte le fait qu’Abou Iyadh est recherché bien avant l’épisode d’Al Fath, l’ordre de le capturer devenait automatique. Et c’est Ali Laarayedh qui a changé cet ordre ! A moins que ses directeurs le consultent à chaque fois qu’un terroriste est retranché !

L’angle sécuritaire étant primordial, Ali Laarayedh aurait pris sa décision pour des considérations humanitaires. Implicitement, il reconnait que les partisans d’Abou Iyadh étaient armés… Il faut donc les laisser filer pour éviter un bain de sang ?! Et qui sont les directeurs qui ont opté pour l’«évasion» ? Pourquoi le ministère de l’Intérieur a-t-il été aussi hésitant face à Abou Iadh ? Des questions toujours sans réponse !

N’est-ce pas aux forces de sécurité de trouver des solutions, des scénarios quand elles sont confrontées à des situations extrêmes ? Le ministère de l’Intérieur aurait pu trouver une autre issue pour éviter et le bain de sang et la fuite d’Abou Iyadh.

Le ministre de l’Intérieur a joué un rôle ambigu dans cette affaire. Bien que la version (sécuritaire) soit crédible, Abou Iyadh aurait pu être capturé, pendant ou après l’épisode d’El Fath. Aujourd’hui, il court toujours tout comme ses adeptes. Ces hésitations ont eu des conséquences directes et peuvent être liées aux actions terroristes qui ont causé jusqu’ici la mort de Chokri Belaid, Mohamed Brahmi, et d’une trentaine de militaires et sécuritaires sans compter les dizaines de blessés.

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