La Tunisie a son Morsi, mais elle n’aura jamais son Sissi

Ali Laarayedh - Dessin El BerbechEn moins de huit minutes, Ali Laârayedh a dit la vérité, toute la vérité, rien que la vérité aux tunisiens. Il faut être complètement niais pour ne pas avoir compris que le chef du gouvernement provisoire a clairement balayé d’un revers de la main les deux uniques voies de salut dans la crise que traverse le pays. Il a, d’abord, enterré le dialogue national, pas seulement en « insultant » l’opposition mais en affirmant, dans un langage à peine codé, qu’il n’était pas du tout concerné par ce dialogue.

Ensuite, il s’est complètement désengagé, cette fois sans encodage, de sa « promesse » de démissionner dès que la feuille de route sera mise en œuvre. Le refus de répondre aux questions des journalistes prouve déjà que c’est une rupture et une déclaration de « guerre » qu’il est venu prononcer à l’encontre de tous ceux qui ne soutiennent pas Ennahdha.

Et fait significatif, c’est l’homme qui avait démissionné suite au refus de la Troïka d’accepter son « gouvernement de technocrates qui joue, dans une ultime dégradation, le rôle de lèche-bottes de Laârayedh, en l’occurrence Hamadi Jebali, qui commencent à multiplier les mêmes déclarations de rupture, en affirmant entre autre que des opposants comme Hamma Hammami, « insultent Ennahdha et veulent dialoguer avec elle ».

Dernière facette de la « rupture » que le mouvement islamiste a enclenchée dans ce qui sera peut-être son ultime duel avec les Tunisiens qui ne partagent pas leur conception du pouvoir c’est le retour à la rue. Du côté de l’opposition le message est reçu, la température est montée aujourd’hui dans les écoles et les facs en attendant la première manif d’Ennahdha, depuis plusieurs semaines.

Résultat des courses : c’est la première fois qu’Ennahdha fait une volte-face et durcit le ton sans avoir à cacher son jeu ni à chercher des subterfuges. Le tournant est véritablement dangereux et se traduit par : « on est au pouvoir, on y restera, et si le parachèvement de la constitution et les élections n e constituent plus pour nous des prétextes pour rester encore au pouvoir, nous y resteront par la force ».

Le discours de Laârayedh a inauguré une nouvelle phase de la période postrévolutionnaire, celle où le pouvoir sera usurpé par la terreur, le terrorisme et la répression. On est carrément dans la logique de « ça passe ou ça casse. Seul, le peuple tunisien, qui le paiera très cher par ailleurs, pourra redresser les choses, aucune autre force vive ne sera en mesure de le faire. En fait, pour son malheur, ce pays son Morsi, mais peut-être jamais son Sissi.

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