Etats d’âme ! – Par M’Hamed Ben Youssef

Caricature sourire, IBH, TH 30-09-13Alors que nous étions réunis en famille, ma petite-fille, qui a tout juste sept ans, me lança tout de go : «Papy, pourquoi tu ne rigoles plus comme avant ?».

Sa question me mitrailla à telle enseigne que, sur le champ, je n’a pas su lui fournir la ou les vraies réponses. J’ai, tout simplement, balbutié quelque chose d’anodin du genre : «Je ne suis pas en forme, ces derniers temps. C’est le surmenage». C’est ainsi que, par respect à son enfance et son innocence, je n’ai pas cherché à l’impliquer dans les problèmes des grandes personnes. A savoir le calvaire politique et socio-économique que vit notre pays depuis plusieurs mois, doublé d’une chute vertigineuse de prestige.

Si j’avais affaire à un(e) adulte, j’aurais répondu tout bonnement ainsi :
– Je ne rigole plus parce que notre Tunisie est économiquement prise à la gorge et financièrement au bord de la faillite… Notre monnaie, le dinar, ne cesse de dégringoler dangereusement…

– Je ne rigole plus et je suis devenu pessimiste car la majorité de nos villes croulent sous les ordures, à croire que les agents municipaux sont en perpétuel débrayage, d’où l’apparition de maladies contagieuses enrayées depuis belle lurette.

– Je ne rigole plus parce que les composantes de notre classe politique, fussent-elles de droite ou de gauche, ne cessent de faire preuve d’un amateurisme primaire. Nos politiciens sont beaucoup plus enclins à arracher de prestigieux avantages, des postes honorifiques et autres que de se pencher sur les problèmes réels qui taraudent la population dont, entre autres, la cherté de la vie et l’insécurité qui sévit partout.

– Je ne rigole plus parce que l’initiative des pourparlers lancée par l’UGTT se trouve bloquée, depuis deux mois, et que les interférences étrangères dans nos affaires intérieures deviennent de plus en plus criardes.

– Je ne rigole plus parce que les différents services du ministère de l’Intérieur sont inondés de taupes relevant des formations politiques et ses responsables n’ont pas réagi quand ils ont reçu une note émanant de la CIA les avertissant que le militant Mohamed Brahmi allait être, à son tour, abattu…

– Je ne rigole plus parce que les djihadistes issus d’Al-Qaïda dans les pays du Maghreb ont mis pied chez nous. Ils ont osé liquider impitoyablement, au djebel Chaâmbi, une dizaine de nos jeunes et vaillants soldats. Dès lors, il faut s’attendre à de sanglants actes de terrorisme dans nos cités.

– Je ne rigole plus et j’ai presque perdu le sommeil réparateur parce que le mouvement Ennahdha au pouvoir, depuis près de deux ans, n’a pas su mener sa barque. Il ne cesse, par ailleurs, chaque jour, de pousser davantage le pays dans le néant. A telle enseigne que les étrangers n’y investissent plus et que nos hommes d’affaires préfèrent s’établir à l’étranger.

– Je ne rigole plus parce qu’une soixantaine de nos députés boycottent la Constituante qui a fini, une première mondiale, par suspendre ses travaux et fermer ses portes durant un mois au cours duquel un sit-in permanent a été organisé au Bardo.

– Je ne rigole plus parce que personne ne peut prédire de quoi sera fait demain, chez nous ! Quand les élections auront-elles lieu et quand aurons-nous un président de la République élu au suffrage universel et représentant dignement la Tunisie ? Car, par les temps qui courent, nous sommes devenus la risée de tout le monde !

C’est là un échantillon simpliste des maux qui accablent notre pays où il faisait, au passé, si bon y vivre ! Des maux qui m’empêchent, comme tant d’autres, de fermer l’œil la nuit… et me font perdre, à longueur de journée, le sourire…

M’hamed BEN YOUSSEF

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