Le ministre de la Santé publique ne fait pas la différence entre dépistage et diagnostic des maladies – Par Docteur Abdelmajid Mselmi

Abdeltif Mekki - Abdelmajid Mselmi

TRIBUNE – «Ness nessma» a invité, jeudi 26 septembre 2013, le Docteur Nabil Ben Salah, directeur général de la Santé publique et le Docteur Sami Souihli, secrétaire général du syndicat national des médecins et des pharmaciens pour débattre de la situation épidémiologique en Tunisie suite à la découverte des cas d’hépatite C chez des agents de l’institut de cancérologie.

Le journaliste Zied El Heni a montré une circulaire émanant du ministère de la Santé publique qui interdit aux établissements publics et privés de réaliser des campagnes de dépistage de l’hépatite. M. El Heni, appuyé par son collègue Sofiene Ben Hamida a fortement critiqué cette circulaire considérant qu’elle met en danger la santé du citoyen et a demandé des explications de la part du ministère.

Déstabilisé par Zied El Heni, Mr Nabil Ben Salah s’est rapidement rétracté et a déclaré qu’il n’est pas au courant et a exprimé son désaccord avec cette circulaire… C’est à ce moment que le ministre de la Santé publique Mr Abdellatif Mekki est intervenu en direct sur la chaîne pour porter secours à son directeur général… Mais c’était peine perdu. En effet le ministre était hors sujet et a expliqué cette interdiction par la non fiabilité des tests des laboratoires privés et leur démarche lucrative. Et lorsque le journaliste lui a répliqué «pourquoi alors l’interdire au secteur public». Il n’a pas su quoi répondre !

En fait, ce qu’il aurait fallu expliquer aux spectateurs c’est qu’il faut distinguer deux démarches différentes dans la pratique médicale : la démarche de diagnostic et la démarche de dépistage. Dans la démarche de diagnostic, le patient a des symptômes, il consulte de son propre gré le médecin qui utilise tous les moyens à sa disposition pour aboutir au diagnostic et entamer le traitement. En revanche la démarche de dépistage concerne une population de sujets sains qui n’ont pas de symptômes chez lesquels on applique un ensemble d’examens pour détecter des maladies au stade de début afin de les traiter de manière précoce et augmenter leurs chances de guérison. Ce dépistage concerne les cancers, les maladies cardiovasculaires, les maladies héréditaires….

C’est pour cela que la circulaire du ministère de la Santé publique (élaboré par des experts en épidémiologie) qui interdit le dépistage de l’hépatite de façon anarchique est pertinente et juste. Car pour ce genre de campagne de dépistage il faut établir un plan national, sélectionner les populations cibles (pourquoi Kasserine et non pas Gafsa), les hommes ou les femmes, les tranches d’âges, les patients à risque etc. Il faut aussi veiller au respect de l’éthique médicale (car certains citoyens peuvent refuser du subir les tests) établir des critères standardisés pour le diagnostic (et non pas chacun à sa guise).

En somme c’est un programme national qui doit être établi après mûre réflexion, et légiféré par décret ou loi et qui nécessite beaucoup de moyens humains et financiers pour le réaliser.
Moralité de l’histoire : le ministre n’a pas compris la circulaire élaborée par les experts de son propre ministère !!!

Docteur Abdelmajid Mselmi, chirurgien, maître de conférences agrégé
Membre du bureau exécutif du parti Al Joumhouri

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