Quand Ghannouchi parle, il y a anguille sous roche – Par le Pr. Karem Dassy

Rached Ghannouchi (photo - letemps genève)TRIBUNE – Ce qui est digne d’intérêt dans ce qu’a dit Ghannouchi hier soir :
Ghannouchi est toujours dans le déni et ne reconnait de crise que dans l’«ilot des politiciens», ce qui dénote encore une fois l’autisme de son mouvement et son refus de voir son bilan calamiteux.

Ennahdha a décidé de revoir ses alliances pour vomir les nabots et racoler du côté des «grands partis». Ainsi, Marzouki n’entre plus dans son business plan. Ghannouchi l’a enterré hier soir et par ricochet son CPR avec, malgré les positions de son conseil national du 24 courant. Sa «grande stature» n’empêcha pas le cheikh de le destituer sèchement. Hier soir, le «Tartour» national connaîtra sa pire nuit au palais de Carthage et la facture téléphonique grimpera considérablement (la cave se videra d’autant !). MBJ fera également les frais de cette révision. Il est désormais useless surtout que Ghannouchi a fait de la reprise des travaux de la Constituante une fixation.

Ghannouchi est plus cynique que jamais et garde une capacité de manœuvre intacte. Il commence à voir de manière plus «claire» l’échiquier politique national et la lumière que Dieu a brutalement jetée dans sa poitrine est le fruit de la pression de la rue mais également des événements d’Egypte et peut être des injonctions étrangères et autres voyages express. Cependant, ce revirement tactique risque d’être fatal à l’opposition démocratique si elle ne prend pas le soin de resserrer ses rangs et d’harmoniser ses positions car Ennahdha est passée maître dans l’art de l’embrouille et de la fourberie.

Nidaa Tounes, cet empêcheur de tourner en rond, venu perturber les desseins d’Ennahdha est dans la ligne de mire. Les propos hypocrites ou mielleux à son égard sont à assimiler à de la ciguë dont l’objectif est de l’imploser à courts termes car Ennahdha ne s’accommodera jamais de rivaux sérieux. Le discours de Ghannouchi ne manquait pas, hier soir de messages subliminaux. Quand Ghannouchi déclare qu’Ennahdha n’a pas de candidat aux élections présidentielles, il ne fait que confirmer les sondages mais c’est surtout un appel du pied à celui qui caracole en tête desdits sondages. Quand il renvoie la loi d’immunisation de la révolution aux calendes grecques, il ne fait que confirmer l’absolution des ex-Rcdistes qui peuvent désormais s’afficher en plein jour et se débarrasser de la « gauche opportuniste » qui leur sert de paravent.

Obligée de s’arrimer au vaisseau centriste, la gauche tunisienne (toutes tendances confondues) risque d’être l’éternelle dinde de la farce et de faire les frais de ce « recentrage » d’Ennahdha et d’une potentielle convergence entre le nouvel ordre et l’ancien.
Ghannouchi cultive encore le syndrome de la victime en agitant le spectre d’un retour de bâton en cas de départ du gouvernement pour mieux usurper les Tunisiens.

Les groupuscules et les supplétifs dont s’entourent Ennahdha (LPR, Ansar Chariâa…) se trouvent ce soir réduits à leur juste dimension et plus que jamais en porte-à-faux par rapport au discours de surenchère entretenu depuis des mois. On les garde toutefois pour la reprise du projet initial ou pour parer à toute tentation revancharde ou désir de rendre justice du futur gouvernement de salut national.

Pr. Karem Dassy

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