Et si on rendait à César ce que Rached lui a pris ? – Par Zakaria Bouker

TRIBUNE – A mon sens, Il n’y a pas de mauvais gouvernants, il y a de mauvaises règles de gouvernance. Appeler au maintien de l’Assemblée Constituante (ANC) en contrepartie de la dissolution du gouvernement relève de la tricherie et du mauvais choix.
Cela revient à légitimer, sous la pression, une institution en infraction… C’est un peu comme si on disait à un voleur rendez-moi mes papiers prenez le reste je vous signe un papier comme quoi vous ne m’avez rien volé.

Ça ne marche pas ainsi dans les affaires de l’État ! Ça marche ainsi quand c’est une négociation pendant la guerre : vous occupez la Pologne, la Tchécoslovaquie, la suède, et en contrepartie on signe un pacte de non-agression entre l’Allemagne et l’URSS.
On sait à l’avance que le pacte ne vaut pas son encre. Et que le parti islamiste reviendra demain sur ses décisions tout en ayant entre temps obtenu de vous une concession majeure…

Vous créez un précédant que les générations mettraient des siècles à faire oublier.
La solution consiste à déclarer la petite constitution contraire aux règles internationales d’usage qui interdisent le changement d’un régime sans recours au référendum ou bien à défaut la majorité des 2/3 voire des 3/5 de l’assemblée.

Le régime actuel est non seulement fruit d’un coup d’Etat transformant le régime présidentiel en régime atypique, mais est également la source de toutes les dérives. Une des dérives c’est de voir un non élu décider seul dans son bureau à Montplaisir de l’avenir du régime de tout un pays pour les deux siècles à venir.

La solution consiste à rendre à l’institution présidentielle toutes ses prérogatives. Ce faisant, le président élu par les élus est rendu responsable de la stabilité des institutions de l’État, seul responsable de la sécurité du territoire et à même de décider et d’être entendu pour la date et des conditions des prochaines élections.

Le changement de régime présidentiel en régime lambda devra se faire en un second temps dans 2, 5, 10 ou dans 15 ans par référendum sur la base d’une constitution existante, valide, effective, confortée par un conseil constitutionnel et une stabilité économique et sociale.

Changer la forme de gouvernance avant de définir et d’instaurer une gouvernance stable relève du suicide. Il revient ainsi au président de céder toutes ou une partie de ses prérogatives de façon provisoire selon une modalité qui ne suspendra pas les travaux de l’ANC et ne lui ôtera pas la responsabilité dans la bonne ou mauvaise gestion.

C’est un piège que de voir la classe politique partagée, divisée aujourd’hui sur la marche à suivre. Simplement parce que le Premier ministre taxe l’ANC de retard, l’ANC taxe le gouvernement provisoire de manque de fermeté, le Provisoire président taxe l’ANC de lui ôter les prérogatives et le président non élu du parti au pouvoir responsable de tous les désastres reste à l’abri de la remise en cause…

Il n’y a qu’une seule façon pour empêcher à non élu d’être initié au sens du délit, c’est de pourvoir le président de moyens suffisants pour centraliser la décision. « La faucille s’est coincé dans la gargoulette » expression tunisienne.
La grande coalisation des partis, les 67 députés, une large frange de population, l’UGTT et l’UTICA ne reviendront pas sur leur décision il faut chasser Ali Laareydh. Sinon le pays court droit à la faillite.

Pour Ghannouchi, il faut garder Ali Laareydh sinon Ennahdha court à la faillite. Il passe 4 heures à l’UTICA et autant à l’UGTT. Il essaie de convaincre de garder Ali Laareydh. Une entreprise dont il sait qu’elle vouée à l’échec. Pourquoi cet acharnement à entretenir la quadrature du cercle ?

La réponse se trouve au bout d’une nuit de discussion non-stop, rideaux baissés et portables fermés au cinquième étage à Monplaisir. Morsi vient de tomber, assigné à résidence même. Ghannouchi a fait pire et son régime repose sur une légitimité beaucoup plus oblique. Elle a sauté à la naissance, enterrée un an plus tard.

Ce cadavre de légitimité est plus encombrant qu’utile et opposable. Il faut tenir en attendant les renforts. Tergiverser, louvoyer. Il est urgent de faire patienter. Il faut encore remobiliser les troupes en face d’une mobilisation populaire qui va encore battre son propre record. Mais la question est ailleurs.

Le spectre de Morsi est présent. L’attitude de Morsi est suivie à la lettre : se cramponner jusqu’au bout. Il n’y a pas d’armée pour chasser. Ennahdha gouvernera dans la confrontation avec tous ses moyens. C’est l’image de l’Egypte mais à l’envers.
La banqueroute avance à pas de géant.


Zakaria Bouker

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