Réforme de la police : rien à espérer en dehors d’une volonté politique

Ministere de l'Interieur - photo archiveLe forum national sur la réforme du système de sécurité, organisé les 25 et 26 janvier par l’Association Tunisienne de la réforme des institutions, a débuté ses travaux par un panel animé par messieurs Said Mechichi, secrétaire d’Etat auprès du ministère de l’Intérieur, Lazhar Akremi avocat et ancien responsable au ministère de l’Intérieur et Abdessattar Moussa, Président de la Ligue des Droits de l’Homme.

En réponse aux questions posées par les invités et les journalistes, les trois conférenciers ont été unanimes à considérer que la réforme du système de sécurité dépend de l’existence d’une volonté politique.

Pour le représentant du ministère de l’Intérieur, cette volonté s’exprime à travers le discours officiel qui met l’accent sur la suprématie de la loi et l’indépendance de la police. Il considère que les obstacles qui empêchent la mise en œuvre de la réforme escomptée résident dans le relâchement sécuritaire qui a prévalu après la révolution, l’émergence d’une nouvelle forme de criminalité organisée à laquelle les autorités ne sont pas préparées, la crise de confiance entre l’agent de sécurité et le citoyen et l’insuffisance des moyens permettant d’assurer une prestation efficace et équilibrée. La finalité étant de protéger la sécurité de la société, des biens et des personnes sans porter atteinte à l’intégrité et à la dignité de l’homme, les efforts à déployer nécessitent beaucoup de moyens et d’encadrement.

Lazhar Akremi soutient qu’une police républicaine est celle qui agit en vertu de la loi et non sur la base d’instructions politiques. A cet égard, les agents de sécurité sont appelés à ne pas obéir aux ordres illégaux. Pour ce faire, il prévoit la mise en place d’un dispositif adéquat, composé de procédures et de mécanismes, en vue de garantir le respect de ce principe. Il s’agit en somme d’empêcher l’exécution des ordres illicites et de protéger les agents qui ne s’y soumettent pas.

S’agissant de la réforme en question, Monsieur Akremi estime qu’elle tient à quelques mesures. La plus urgente consiste à procéder au partage du territoire en différentes zones d’intervention, selon leur situation géo-sociale pour pouvoir adapter l’action sécuritaire en fonction des spécificités de chaque région. Il pense, en effet, que le crime change de forme et de nature d’une région à une autre et que le déploiement des forces de l’ordre et des moyens doit s’opérer en fonction des zones et des populations. A côté de la cartographie sécuritaire, monsieur Akremi propose la création d’un corps de police de proximité dans les quartiers et les arrondissements municipaux en vue de traiter la délinquance mineure et de faire face aux contraventions administratives.

Pour sa part, Monsieur Abdessattar Moussa considère que la réforme de la police dépend fondamentalement de sa neutralité. Il a cité des exemples démontrant que les forces de l’ordre sont encore sous l’emprise de l’autorité politique. Le président de la ligue des droits de l’Homme est revenu encore une fois sur les actes de violence commis par les salafistes et les ligues de protection de la révolution qui représentent une sérieuse menace sur la société civile.

Des syndicalistes de la police sont également intervenus et pris la parole pour axer sur l’aspect social qui, d’après eux, constitue une composante essentielle de la réforme envisagée. Il ont rappelé, en outre, la situation de certains cadres qui ont évoqué, après le 14 janvier, la question de l’assainissement du ministère de l’Intérieur et qui ont été suspendus de leurs fonctions et traduits devant les autorités judiciaires.

Le panel a été aussi l’occasion de répondre à certains points qui préoccupent l’opinion publique. Parmi ces questions, le secrétaire d’Etat a démenti l’information propagée dans certains milieux syndicaux, concernant l’introduction de l’enseignement religieux dans la formation des agents et cadres de la sécurité.

Concernant l’enquête sur les événements du 9 avril, il a indiqué que le ministère a fourni toutes les informations en sa possession à la commission parlementaire. Mme Nadia Chaabane, député à l’ANC a affirmé le contraire.

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