Ennahdha VS Attounissia : du KO dans l’air mais qui touchera le tapis en premier ?

L’incarcération de Sami Fehri et tout le feuilleton politico-médiatico-judiciaire qui s’en était suivi a constitué à ne point en douter l’un des évènements majeurs qui ont marqué l’actualité en Tunisie ces derniers mois.

Cette confrontation ressemble trait pour trait à un cinquième set décisif d’une finale du grand Chelem. Une dernière manche qui ne veut absolument pas livrer vainqueur et où les deux joueurs abordent toutes les balles avec la rage du désespoir, comme si leur vie en dépendait. Bref, un duel de gladiateurs ou le maître mot est « vaincre ou mourir ».

Dans cet interminable chassé-croisé, Attounissia a été, pour l’essentiel de la « partie », cantonnée au fond du court, acculée a y être par la force des puissants revers liftés d’un ministre de la Justice dont les immixtions dans le bon déroulement de la justice n’étaient justifiées que par la volonté de gagner à la « déloyale », de dérouter l’adversaire, de le porter en dehors du terrain avant de lui porter l’estocade finale. C’était sous-estimer la résistance de Attounissia et tout son bagage technique.

En effet, ne se contentant pas de subir les coups de boutoir de leur adversaire Attounissia a bien résisté en décochant moult passing-shots et autres contre-attaques prenant ainsi souvent à contre pied le ministre et rendant l’issue finale très incertaine. A maintes reprises, le ministre s’était fait lober comme un débutant, sans trouver de solutions.

Ce match, que les connaisseurs voyaient très disputé, l’a été et cela dès les premiers échanges de balles. Au fur et à mesure où on avançait dans la partie, pas un point, pas un jeu, pas une manche ne fut exempte de nouvelles péripéties, de rebondissements et de spectaculaires retournements de situation. Toutefois, comme on pouvait le craindre, les dés semblaient pipés dés le départ car dans la Tunisie d’après le 14 Janvier, ce ne sont plus les arbitres de foot qui font désormais polémique mais la maison « justice » gardienne des lois qui n’a pas encore acquis pleine et entière indépendance.

Exemple de cette cacophonie dans l’application de la loi, arbitre central, juge du filet et juges de lignes se contredisaient systématiquement dans l’appréciation de la trajectoire de la balle «in» pour le premier, let pour le second, out pour les derniers. Entre temps, dans ce ballet d’hésitation, le préposé au tableau d’affichage inscrivait ce que les décideurs de l’ombre, la partie gouvernementale en l’occurrence, lui dictaient de faire.

Attounissia a beau faire appel au public pour témoigner de la triche flagrante du ministre « juge et partie », rien n’y fit. Ni la bronca du public acquis à la cause du golden boy du paysage médiatique tunisien et ni la décision de la cour de cassation … A chaque fois qu’ Attounissia semblait prendre un avantage, l’échange qui suivait était toujours donné gagnant pour le ministre seigneur du court, pardon, du « parquet ».

Dans cet interminable match, Attounissia vient de recevoir un cadeau inespéré de la part des Robin Hood de la toile : les fameux « Anonymous ». Un cadeau en forme d’email « top secret » et compromettant pour le ministre. Ne se faisant pas prier, Attounissia, d’un smach rageur et non moins ravageur saisit au volet cet email et l’envoie s’écraser le long de la ligne laissant ainsi le ministre pantois et comme scotché dans ses baskets…

Alors la question, l’arbitre doit-il signifier la fin de la partie par la formule classique « jeu, set et match » en faveur de la chaine Attounissia ??? Rien ne semble moins acquis, les Nahdhaouis, rois de la contestation, des palabres et des pressions sur l’arbitre pire que le McEnroe de la grande époque, sans le talent bien évidemment, se sont précipités vociférant et invectivant l’arbitre empêchant ce dernier de déclarer la fin de la partie. A Bab Bnet square garden, la nuit vient de tomber… La partie est suspendue et le verdict est en stand by.

Bien que le ministre a, semble-t-il, triché ouvertement et outrepassé ses prérogatives en maintenant Sami Fehri en prison, que le smach-email a bel et bien rebondi sur la ligne, tout porte à croire que le point sera rejoué et que la partie va traîner en longueur jusqu’à ce que la justice tunisienne gagne définitivement ses galons d’indépendance. C’est toujours difficile d’affronter un adversaire qui s’est octroyé le pouvoir de nommer les juges, de les révoquer et de les muter.

Je ne saurais finir ce billet sans rappeler que quelle que soit l’issue de cette partie, le « chemin de croix » judiciaire n’est pas prêt de s’arrêter pour Sami Fehri. En effet, une victoire dans ce premier match ne signifie en rien qu’il ait bataille gagnée. Tout au contraire, s’il veut vraiment s’en sortir définitivement blanchi, c’est dans toute une autre discipline, à savoir le cyclisme, qu’il devra démontrer toutes ses aptitudes. En effet, pour que ce dernier ne puisse plus traîner ses innombrables, supposées ou avérées casseroles, il lui faudra surmonter à la force du jarret le Mont Galibier, le Mont Ventoux, l’obélisque et l’Alpes d’Huez réunis,… grimper seul des portions de montagne de dix pour cent avec le vent de face en prime.

Intervention d’Anonymous ou pas, c’est seulement à l’issue du contrôle antidopage post-arrivée que l’on saura s’il ne s’était pas dopé en ayant recours à des substances prohibées type « trabel-sinol » ou des « amphe-zabatine ».

Conclusion : le prochain match judiciaire qui s’annonce pour lui promet d’être aussi âpre et fort bien palpitant… Espérons que les juges ayant à arbitrer cette seconde manche sauront se montrer impartiaux et sans concession sur la stricte application de la loi.

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