Sérieuse sortie de route pour Beji Caid Essebsi

De récents propos, pour le moins peu amènes, formulés par Beji Caid Essebsi à l’encontre de ses potentiels alliés, à savoir le parti d’Al Joumhouri, semblent devoir compromettre une possible alliance avec ces derniers et surtout augmenter les doutes quant à la rupture réelle de l’auteur du meilleur «come back» de la politique tunisienne avec certains de ses vieux «démons».

BCE, un peu trop confiant dans son aura, semble avoir, en effet, renoué avec ses anciens reflexes de vieux routier de la «destourie», un parti rappelons-le, que ce soit dans sa version bourguibienne ou rcdiste n’avait pas l’habitude d’afficher un respect notable tant pour ses concurrents que pour ses alliés.

Quel mouche a donc piqué ce vieux briscard de la politique pour traiter de quantité négligeable un futur allié (en l’occurrence Al Massar) ou encore de se gargariser d’avoir renforcé Al Joumhouri par des éléments de qualité, en l’occurrence, des ministres ayant collaboré dans son gouvernement.

Ce moment d’égarement de l’ex-Premier ministre a vite fait de créer un malaise chez les « républicains » et les « massariens ». Le moment d’hébétude passé, la charge de l’ex-Premier ministre étant assez inattendue et même inconcevable, vu le timing et les circonstances politiques de l’heure, les premières réactions n’ont pas tardé à venir.

Tout d’abord, Al Massar, requinqué par la réussite de sa réunion populaire dans son ex-fief d’Om Laârrayes et fortement pressé par sa base pour un changement de cap de type «à gauche toute» vient d’envoyer deux signaux. L’un, très fort, est la tenue avec le Front Populaire d’une réunion bipartite soldée par un communiqué, qui ressemble fort bien à un projet d’alliance commune. Le deuxième signal, est la mise au point très policée mais ferme de Jounaidi Abdeljaoued, qui, sans tomber dans le piège d’une journaliste voulant arracher une déclaration fracassante, s’est contenté de révéler les propos «non responsables» de BCE.

Quant au parti Al Joumhouri, il s’en tient pour le moment à une attitude attentiste, quelque chose qui ressemble à un «silenzio stampa». Toutefois, il y a fort à parier que Nejib Chebbi, épinglé par BCE ne va pas tarder à répliquer.

Cette erreur, assurément celle d’un «débutant» et pas du tout du rang d’un homme de sa trempe et de son expérience, risque d’être chère payée par BCE. D’une, rabaisser des personnalités aussi militantes et respectables que peuvent l’être les Ahmed Nejib Chebbi, Maya Jribi, Jounaidi Abdeljaoued, Ahmed Brahim et Samir Tayeb… au prétexte qu’il ne volaient pas très haut dans les suffrages est, pour le moins, une faute d’abord morale. De deux, si BCE est en mesure de se targuer d’être aujourd’hui un recours, c’est précisément en raison de son image de rassembleur, en s’y prenant de cette façon c’est un harakiri assuré pour lui et pour la formation qu’il a créée.

Enfin, pour clore ce sujet, bien que le climat se soit tendu et que la confiance qui régnait jusque là se trouve en quelque sorte égratignée, il semblerait que BCE, conscient de sa «grosse bourde», aurait contacté les dirigeants de ces partis pour se fondre dans des excuses les plus plates et jurer que ses propos ont été largement déformés… Incident malheureux mais «dépassable» ou bien amorce d’une rupture définitive entre Nidaa Tounes et ces deux partis avec lesquels il entretenait une réelle proximité… L’avenir nous apportera vite une réponse définitive… Wait and see !

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