Tunisie : cessions de capitaux et zones d’ombres

Les vautours qui tournent par dessus la Tunisie depuis la révolution, se sont particulièrement excités ces derniers temps alors que les besoins de manne pour financer le budget de l’année prochaine, ont en tellement fait échos, et que notre ciel, s’est soudain assombri de brocanteurs d’entreprises « foutus », ou presque.

Les raiders sont ces prédateurs à l’affut, qui s’ameutent lorsqu’une « affaire » commence à battre de l’aile en émettant des signaux de détresse. La cible étant fixée « ils » foncent pour l’estocade finale. C’est l’image qui caricature ces repreneurs de sociétés dont on a décompté jusqu’à presque 300, confisquées à l’ex-famille régnante et dont à peine quelques-unes, seraient encore « mangeables ».

Pourtant à un moment, la Bourse voulait en trier les meilleures pour les mettre sur son marché alternatif, lui même en manque de « graines » à en moudre. Mais il semble que l’idée n’a pas eu le succès escompté.

En fait, L’État ne pouvait plus attendre. C’est déjà la fin de l’année et les caisses sont en souffrance. « Ils » veulent un renflouement d’urgence, en devises si possible, tant pour indemniser les « copains » que pour remonter d’un cran les réserves en devises, et affronter tant que faire se peut, le remboursement des bailleurs de fonds et autres créanciers, nés de la dernière averse suite à un déficit sans précédent et ce, dès janvier 2013, dernier délai…

Sésame ouvre-toi !

Après avoir liquidé l’offre de cession du bloc d’actions représentant 13% du capital de la Banque de Tunisie à 218 millions de dinars (MD), soit 14,800 dinars le prix de l’action en faveur de « Royal Luxembourg » puis Ennakl à hauteur de 60% du capital à 12, 850 dinars l’action en faveur du binôme Poulina-Parenin, selon une procédure plutôt discutable fonds et forme, voilà que Slim Besbès ouvre carrément, le sac de la brocante. Il y a de tout, à en veux tu en voilà !

Il faut d’abord comprendre que la Commission Nationale de Gestion d’Avoirs et de Fonds Objets de Confiscation ou de Récupération en faveur de l’État relève du ministère des Finances. Or la commission d’ouverture et de dépouillement des offres relatives à cette opération y opère sans relâche. C’est ainsi qu’elle se réunit, au ministère en présence du ministre des Finances par intérim Slim Besbès. Mais dite moi que vient faire ici le ministre des Finances par intérim, devenu pour la circonstance, un commissaire priseur ? Du jamais vu !

Cette commission a-t-elle un règlement ou un dispositif de procédure règlementée pour agir ? Si oui, depuis quand est née cette procédure à l’emporte-pièce, de cession-privatisation des biens publics du domaine public au domaine privé sans en avertir l’ANC pour en débattre en premier, avant toute décision, comme cela est le cas dans les pays démocratiques? Y a-t-il eu débat sur les tenants et les aboutissants ? Quelqu’un de vous a t il eu vent de ces débats qui pourtant nous concernent tous, nous le peuple ?

Mais que ce passe t-il au ministère des Finances ?

A la toute dernière, Slim Besbes sur la même foulée, vient de lancer un appel d’offres international relatif à la vente du palais de Sakher El Materi se trouvant à Sidi Bou Saïd. Il avoue cette fois que les revenus de cette vente seront utilisés pour renflouer les caisses de l’État en les injectant dans le budget. A-t-il déjà oublié qu’au mois de mai 2012, lors d’une conférence de presse, il évoqua l’éventualité de transformer le palais, en Musée ?

En tout cas, il y a de quoi irriter Tunisia Holding de Slim Riahi, qui met en doute l’attribution de 13% du capital de la Banque de Tunisie, dont l’offre n’a pas été retenue, et que la cession ait profité à des étrangers, dans des conditions qu’il ait qualifié de suspect. Le voilà même qui se réserve le droit de saisir la justice, pour faire arrêter ce processus qui nuit, selon lui, à l’économie nationale et menace le tissu économique, « avec cette gestion ridicule des propriétés confisquées ».

Il va même, jusqu’à dénoncer que ces propriétés confisquées à un système corrompu soient cédées à des étrangers ou des entités nouvelles, en l’absence de transparence, et en jouant avec les intérêts de l’économie nationale.

Dans une déclaration à Business News, un membre de Tunisia Holding a fait remarquer que « le fonds Royal Luxembourg n’a eu aucun mouvement depuis deux ans. Selon lui, il appartiendrait carrément à la famille de Gueddafi. Il fait également remarquer le montant (qu’il estime exorbitant et irrationnel) de l’offre luxembourgeoise, alors que la cession ne touche que 13% des actions et ne permet pas une prise de pouvoir quelconque et que l’offre aurait été déposée à la dernière minute, qu’il y aurait carrément suspicion de dessous cachés dans cette histoire, et n’écarte pas la possibilité que des membres de la famille Ben Ali soient derrière, ou qu’il y ait des visées spéculatives ».

Entre temps les raiders aiguisent leurs griffes …

Après avoir acquis 13,1% de la Banque de Tunisie, Royal Luxembourg le Fonds Italo-Luxembourgeois a précisé, qu’il s’intéressait à plusieurs sociétés tunisiennes. En clair, il souhaite récupérer 25% des parts de Tunisiana, pour 305 millions d’euros, parts qui avaient été confisquées par l’État à Sakhr. Mais la cession semble être «déclarée infructueuse» pour le moment, sans que personne ne sait de combien ladite offre était. En tout cas, le groupe est toujours là, qui s’intéresse à un appel d’offres pour la cession, cette fois de Carthage Cement, qui vacille par les temps qui courent. Et même, pour une compagnie aérienne locale dont le nom n’a pas été donné. Bizarre !

Pour autant Slim Besbès ne semble pas lâcher le holding et l’invite même à participer dans des projets d’investissements du pays où il projette de délocaliser quatre à cinq entreprises opérant dans l’assemblage de bus, de composants automobiles et de recyclage des déchets». Re-bizarre !

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