(Màj) Habib Kazdaghli : « je suis inquiet quant à l’instrumentalisation de la justice »

Mise à jour (25 octobre @ 10h30) : Le procès de Habib Kasdoghli, doyen de la Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba a été reporté au 19 novembre prochain.

Comme chacun sait, demain 25 octobre 2012 Habib Kazdaghli, le doyen de la Faculté des Arts, des Lettres et des Humanités de la Manouba, comparaitra devant le tribunal de première instance de La Manouba, suite à la requalification du chef d’accusation dont il a été l’objet lors de la première audience, le 5 juillet dernier.

On rappelle que le doyen a d’abord été accusé d’avoir agressé une étudiante portant le niqab alors même que c’est elle qui a fait irruption dans son bureau se permettant de le saccager. Contre toute attente, le parquet a requalifié les faits reprochés au doyen en « acte de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions ». Cette aggravation du chef d’inculpation est passible d’une peine de cinq ans de détention. Ce procès de la honte a suscité une vive indignation auprès des universitaires, de la société civile, et un comité de soutien s’est vite constitué comprenant des personnalités politiques, des défenseurs des droits de l’homme, et des universitaires tunisiens et étrangers. Ce comité a lancé un appel à un rassemblement devant le Tribunal de première instance de La Manouba pour soutenir le doyen et protester contre le procès injuste qui lui est intenté.

Nous avons contacté Habib Kazdaghli qui a bien voulu nous faire part de son état à la veille de ce procès cousu de fil blanc et monté de toutes pièces : « Je dois dire que l’aggravation du chef d’inculpation est pour moi une source d’inquiétude. Comment ne pas être surpris par cette décision émanant du ministère public alors même que les faits sont connus, et qu’il y a un témoin à la scène où l’étudiante eniqabée s’est introduite dans mon bureau à mon insu pour le mettre à sac », a déclaré le doyen de la FLAHM. Et d’ajouter : « Quand j’appelle la police, elle ne vient pas pour qu’on me demande par la suite de venir porter plainte… »

Interpellé par la manière dont « le nouveau pouvoir gère cette affaire… exactement à l’identique de l’ère de Ben Ali », Habib Kazdaghli nous a confié sur un ton où la sérénité le dispute à l’inquiétude : « J’ai confiance dans la justice de mon pays, mais en même temps je suis inquiet quant à l’instrumentalisation de la justice. » Le doyen ne comprend pas comment on en vient à réduire les incidents qui ont émaillé la FLAHM pendant plusieurs semaines à « un procès du doyen. » A cet égard il n’a pas caché d’attirer l’attention sur « la solitude du doyen » ; cette affaire n’a fait que « fragiliser le métier ».

Interrogé sur le soutien massif qui lui a été particulièrement apporté par universitaires, Habib Kazdaghli s’en est félicité et explique cette solidarité empreinte d’empathie par le fait que « chacun est devenu doyen, chacun s’est senti doyen ».

En définitive, le doyen de la FLAHM voit dans ce procès odieux « une tentative de mettre à pas l’Université » avant de conclure : « je compte sur la justice de mon pays, et on n’accepte pas que cette affaire ne se termine par un non-lieu. »

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