À la veille du 23 octobre, l’opposition proteste et le Gouvernement s’apprête à festoyer

La marche pacifique organisée aujourd’hui de façon conjointe par Nidaa Tounès, Al Massar et Al Joumhouri contre la violence a attiré une grande foule. Devant la statue d’Ibn Khaldoun, ils étaient quelque deux mille personnes à prendre part à la manifestation qui devait les conduire à la place des droits de l’homme sur l’avenue Mohammed V ; en passant par la place du 14 janvier. Plusieurs figures de l’opposition y étaient présentes comme Yassine Brahim, Maya Jribi, Ahmed Brahim, Issam Chebbi, Mustapha Nabli, Khemaies Kssila… Parmi les revendications formulées, on a relevé celle relative à la dissolution des comités de protection de la Révolution. Tous considèrent que ces structures n’ont plus lieu d’être.

La marche protestataire provoquée par l’assassinat du militant de Nidaa Tounès il y a quelques jours à Tataouine, entourée par un service d’ordre important, a été ponctuée de slogans qui réclament la neutralité des ministères de souveraineté, allant jusqu’à proférer le désormais célèbre « dégage » à l’adresse de Ali Laârayedh, ministre de l’Intérieur. Arrivés à la hauteur de la Banque centrale de Tunisie, les manifestants ont scandé à l’unisson « Ayari, nahdhaoui ».

Il est à noter que cette marche pacifique n’a pas connu d’incident en dépit de la présence d’une cinquantaine de personnes rassemblées devant le palmarium, acquis à la cause islamiste et vociférant des propos hostiles aux manifestants et au retour du RCD.

Est-il besoin de rappeler, par ailleurs, que cette manifestation intervient à la veille de la journée tant redoutée par beaucoup, le 23 octobre. Alors que pour l’opposition cette date correspond à la fin de la légitimité de la Troïka, l’exécutif saisit cette occasion pour célébrer sa victoire aux élections de l’Assemblée nationale constituante. Initiative pour le moins indécente au vu de la sinistrose ambiante qui règne.

De leur côté, les partisans du parti islamiste s’apprêtent demain à célébrer massivement cette journée et apporter par la même occasion un soutien au gouvernement dont l’action est plus que jamais contestée par beaucoup de Tunisiens. Pour cette journée tant redoutée, des mesures exceptionnelles de sécurité ont été prises. Les forces de l’ordre et l’armée seront déployées autour des centres commerciaux et des banques sur tout le territoire pour parer à toute dérive.

Force est de reconnaître par ailleurs que le mécontentement ne cesse de gagner du terrain ces derniers temps après le saccage du mausolée de Saida Manoubia et surtout la mort du représentant de Nidaa Tounès dans des conditions déplorables. Depuis hier la ville de Gabès est soumise à un couvre-feu et les tensions ne semblent pas près de baisser si l’on se réfère aux incidents violents produits aujourd’hui.

Dans ce contexte dominé par l’agitation et la grogne les propos tenus par le chef du Gouvernement paraissent sinon surréalistes, tout au moins déconnectés de la réalité. Au quotidien français Le Parisien, Hamadi Jebali a déclaré hier 21 octobre : « Nous voulons bâtir une démocratie modèle pour le monde arabe. » Le chef du Gouvernement sera demain 23 octobre aux côtés de Moncef Marzouki, le président de la République, à l’ANC pour une séance extraordinaire en guise de célébration du premier anniversaire des élections libres et démocratiques. Décidément pour l’exécutif, les temps sont bien à la fête !

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