UTICA: «Motion de censure» au gouvernement pour sauver une économie en état de «mort clinique»

Lors de la réunion tenue hier à l’UTICA sur l’avenir de l’entreprise tunisienne , les hommes d’affaires ont décidé d’adresser une motion de censure au gouvernement, lui impartissant un délai d’une semaine pour qu’il les écoute et les faisse participer à la relance de l’économie. Les hommes d’affaires considèrent, en effet, que l’économie du pays est en état de mort clinique et menacent d’aller plus loin au cas où le gouvernement ne donnerait pas suite à leur doléance. Cette curieuse réaction de leur part , puisque c’est la première fois que les détenteurs de capitaux interpellent le gouvernement de cette façon, incite à poser plusieurs questions.

Tout d’abord, l’on se demande pourquoi les hommes d’affaires n’ont eu cette réaction qu’au moment des négociations sociales, alors que la situation critique de l’économie remonte à plusieurs mois en arrière et la sonnette d’alarme a été tirée bien avant. Est-ce une manière de se soustraire à ces négociations, de prendre à témoin l’opinion publique ou de faire assumer au gouvernement la responsabilité de la débâcle ?

Ensuite, l’on s’interroge sur le bien-fondé du diagnostic en vertu duquel l’économie serait « en état de mort clinique » alors que suivant les indicateurs publiés par les organismes habilités et les chiffres confirmés par les autorités monétaires , le taux de croissance est en hausse de 3,2 % , le chômage a reculé de 0 ,5% et certains secteurs commencent à reprendre leur vitesse de croisière. Ces données prouvent que l’économie est plutôt en voie de redressement et non en état d’agonie comme le soutiennent les hommes d’affaires.

Mais la vraie question est de savoir quelle sera leur attitude au cas où le gouvernement leur tournera le dos. D’habitude, les chefs d’entreprises en difficultés sollicitent le sauvetage ou l’application de mesures appropriées pour s’en sortir. Le cas échéant, ils peuvent exprimer leur mécontentement dans les journaux , organiser des rencontres pour sensibiliser la société quant à leurs problèmes ou bien manifester dans la rue afin de revendiquer des décisions et des prises de position. Dans les cas extrêmes, ils menacent de fermer boutique. En Tunisie, les hommes d’affaires ont choisi de se joindre à la mode des sit in et de faire grève pour faire entendre leur voix.

Sur le plan de la forme, les hommes d’affaires, probablement influencés par le jargon politique, ont emprunté au droit constitutionnel une technique inadéquate pour passer à l’attaque. Il s’agit d’émettre une motion de censure à l’encontre du gouvernement au lieu de lui signifier une pétition. Or, cette technique concerne les rapports entre le parlement et le pourvoir exécutif et vise la démission de tout le gouvernement ou du ministre qui fait l’objet de la motion de censure. Celle qui vient d’être lancée par les hommes d’affaires, n’aura d’effets que d’être citée dans les annales parmi les bizarreries.

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