Opinion – Grâce à notre assemblée, en Tunisie c’est tous les jours le bêtisier

La nuit du jour de l’an, certaines télévisions étrangères proposent «le bêtisier de l’année » autrement dit , tous les couacs, les présentateurs qui se plantent ou un décor qui prend la tangente. Un homme politique qui glisse sur une peau de banane imaginaire, ou se prend une porte vitrée en pleine face. Le Garde des sceaux Pierre Arpaillange (France) en 1989, disait : « sur cinquante-deux évadés, on en a repris cinquante-trois». Démonstration absolue que ce Monsieur a calculée avec un boulier, hors service depuis des lustres.

En Tunisie, le jour de l’an c’est tous les jours. Le bêtisier de nos censés êtres des politiciens ne cesse de s’allonger. La télévision tunisienne aurait dû avoir la bonne idée de remplacer « Tawjihet el Raïs » (“les directives présidentielles” du temps de Bourguiba) par « la décadence tunisienne ».

Depuis le 23 octobre 2011 et la victoire d’Ennahdha, on en entend des vertes, des pas mûres et même des pourries, et si l’on se penche sérieusement sur toutes les déclarations des constituants et du gouvernement, on pourrait en faire un livre conséquent… Et on serait déjà à la rédaction du tome2.

Voici les dernières pantalonnades de nos chers – tellement chers d’ailleurs, que quasiment tous les Tunisiens sont ruinés- gouvernants :
– Ministre de l’Agriculture : “Le grand bénéficiaire de l’augmentation du prix du lait est le consommateur.”
– Ministre du Travail : “Ce n’est pas au ministre de trouver des solutions au chômage.”
– Ministre de la Santé : “Le manque des médicaments résulte de l’augmentation du nombre des malades.”
– Ministre des Affaires étrangères : “Nous avons retrouvé deux cadavres, malheureusement, ils sont morts.”
– Ministre de l’Intérieur : “On les attendait par-devant, ils nous ont surpris par-derrière.”
– Ministre du Commerce : “Le tarissement des réserves en devises est dû au glissement du dinar par rapport à l’euro et au dollar.”

Ces déclarations reflètent parfaitement bien la déliquescence tunisienne.

Je ne pourrais passer sous silence les interventions tonitruantes et explosives de l’élu Brahim Kassas qu’une grande frange de la société tunisienne trouve non seulement très charismatique, mais sincère. Son langage s’aligne en toute simplicité sur ce que le Tunisien lambda pense des squatteurs légitimes de l’hémicycle. Nidaa Tounes n’était d’ailleurs pas dupe en l’intégrant dans son parti. Kassas porte ainsi les couleurs de l’Appel de la Tunisie qui a besoin d’un élu qui ne mâche pas ses mots pour aider les technocrates à se faire comprendre.

Brahim Kassas a de nombreux détracteurs du côté des sympathisants d’une certaine gauche qui porte le glaive pour défendre le pauvre, le démuni, le harrag » et la victime d’un viol, etc.

Les représentants de cette gauche n’hésitent pas à s’afficher avec toutes les franges de la société tunisienne dans sa misère intellectuelle, morale et pécuniaire. Se faisant le chevalier des sans voix. Mais un chevalier sacrément muet et inactif, paradant sur un cheval de manège en bois !

Certains sympathisants de cette gauche crient au scandale en évoquant l’élu Brahim Kassas. Il est tellement « peuple », et ils sont tellement « l’élite » qu’ils oublient que la gauche est avant tout socialiste, prônant l’égalité des conditions et le respect de la démocratie parlementaire, qui est surtout représentative du peuple, autrement dit « Populus » ou « ignoble vulgus ».

Brahim Kassas s’exprime d’une façon parfois irrationnelle, mais vraie. Je garde en mémoire l’une de ses célèbres suggestions à l’assemblée : « Je propose à tous les constituants de monter sur le toit et de se jeter par-dessus ! ». Il élève sa voix au cœur de ces constituants qui creusent chaque jour un peu plus la tombe de ce qui constitue l’essence même du Tunisien cosmopolite, ouvert et non violent.

Non seulement nos élus s’accordent des salaires mirobolants, exigent l’indemnisation des terroristes notoires, veulent une retraite à vie et enfoncent le clou en s’offrant un pèlerinage à La Mecque. Mais restons terre-à-terre et le ridicule ne tue toujours pas ! Et c’est avec l’argent du contribuable qui peine à trouver un équilibre budgétaire quelconque pour survivre dans cette Tunisie qui devient de plus en plus hors de sa portée, et dont l’économie s’effondre jour après jour sous ses yeux, impuissants. Incapables que nous sommes de faire virer la barre à bâbord, restons malgré nous, à tribord et sans capitaine à bord.

Parmi les phrases qui s’inscrivent dans un bêtisier politique, je garde pour la Tunisie celle d’Edgar Faure (Président de l’Assemblée nationale française de 1973 à 1978.):
« Voici que s’avance l’immobilisme et nous ne savons pas comment l’arrêter».

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