La police républicaine des moeurs

Quand la société tunisienne avait appris la création d’une association pour la propagation des bonnes moeurs et la lutte contre la débauche, des voix s’étaient élevées pour dénoncer l’incursion du religieux dans la vie publique dans un état civil. Ladite association avait alors changé de nom et a poursuivi ses activités en toute légalité, dans une société tunisienne qui cherche encore ses repères.

Ainsi , au nom de la morale, nous avons vu des citoyens intimidés à cause de leur tenue ou de leur comportement en public, des manifestations culturelles ou artistique annulées, des artistes agressés, des blogueurs arrêtés, des journaux confisqués .

Ce « bousculement social », pour emprunter l’expression chère aux leaders du mouvement Ennahdha, aurait été tout à fait ordinaire et logique s’il n’y a pas eu l’entrée en lice d’un nouvel élément: c’est quand la police s’investit gardienne des moeurs des citoyens que cela devient inquiétant .

Nous avons vécu au début de l’été un malheureux épisode où nous avons vu des agents de l’ordre (et policiers en civil), poursuivre des femmes aux tenues légères dans les rues de la capitale, quelques unes d’entre elles ont été conduites aux postes de police et interrogées. Les policiers arguaient les filles dans la rue, en leur intimant l’ordre de se couvrir, ou de rentrer chez elles parce qu’il se faisait tard …

Le dernier fait, très grave, fut le viol d’une jeune fille par deux policiers, et tout ce qu’il en a découlé.
En effet, Mr Tarrouche, porte-parole du ministère de l’intérieur, a reconnu lors d’une conférence de presse que deux policiers ont violé une citoyenne tunisienne, et c’est déjà un pas en avant. Mais Mr Tarrouche, et dans une tentative de minimiser les faits, a déclaré que la jeune fille a été prise en flagrant délit de, je cite, « position immorale », justifiant à demi-mots l’horrible viol .

Ainsi donc, et je ne sais selon quelle logique, une jeune fille qui serait dans une situation jugée immorale peut très bien être appréhendée par la police, arrêtée, agressée et même violée. Et qui détermine ce qui est moral de ce qui ne l’est pas ?

Pourquoi Mr Tarrouche s’est-il permis de violer le secret de l’instruction et d’insinuer devant les millions de spectateurs de la chaîne nationale que la jeune fille en question était de petites moeurs ?

De quel droit se permet il de porter un jugement de valeur sur la victime et de la violer une seconde fois ?

Si la position dans laquelle la fille a été prise avait une quelconque incidence sur le comportement des policiers, cela veut-il dire que Mr Tarrouche a tenté d’influencer les juges dans cette affaire,ou d’attirer la sympathie des plus conservateurs envers ses deux agents ? Avec ces déclarations, un haut responsable de l’état se met au diapason d’un administrateur de page Facebook, en accusant la victime d’un viol de provoquer son violeur.

La police tunisienne est le grand corps malade de l’état : corruption, usage disproportionné de la force, manque de formation, cas de torture et j’en passe, et si à tous ces fléaux vient s’ajouter celui d’instaurer la « morale » du parti au pouvoir, nous nous éloignerons à grands pas de l’avènement d’une police républicaine.

Dans cette vidéo tournée par une jeune association tunisienne, Reform.tn, on a sondé des citoyens pour savoir si la police avait à interpeller les gens sur leur tenue vestimentaire:

 

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