Vers une nouvelle dévaluation du dinar ?

Les dernières cotations interbancaires sur le marché monétaire ont poussé à la hausse le taux d’intérêt du loyer du dinar qui a dépassé 4% lors de la séance du 28Août. L’accroissement des besoins des banques en liquidité s’est accru à tel point que le taux d’intérêt moyen a atteint 3,98%, malgré une intensification de l’intervention de la BCT sur le marché monétaire qui face à cette physionomie a décidé de relever de 25 points de base le taux directeur en le portant à 3,75%. Ce niveau suffira-t-‘il a en créer l’équilibre entre excédentaires de financement et demandeurs? Commençons par jeter un regard sur la conjoncture.

Une conjoncture morose
Si la situation économique et financière récente a été marquée par la poursuite de la consolidation des indicateurs relatifs à la production agricole et le déroulement de la saison touristique, la BCT reconnait toutefois la poursuite de la hausse des importations (+14.6%) à un rythme plus élevé que les exportations (+3.7%), ce qui a fait augmenter le déficit courant à 5.2% du PIB, contre 3.7% à la même période de 2011. Par ailleurs, le taux d’inflation s’est élevé à 5.6% à fin juillet (probablement plus à fin août), contre 5.4% à fin juin 2012, en relation notamment avec la hausse des produits alimentaires et l’évolution des prix de certains produits de base sur les marchés internationaux.

Ceci étant, la demande de liquidité durant le mois de ramadan et en prévision de la rentrée est à vue d’œil, exacerbée. Ce qui signifie que l’épargne placée en banque connait un certain recul du fait des besoins de dépenses qui vont continuer à s’amplifier. D’un autre coté, il est annoncé que le Pib ne dépasserait pas les 2,7% vision FMI, ce qui veut dire que la croissance est insuffisante à faire effet de levier pour rembourser en partie les crédits jusque là accordés par les banques. Or il se trouve que la précédente gouvernance de la BCT a non seulement épuisé les réserves bancaires qui se trouvent aujourd’hui sans matelas, mais aussi a baissé le taux directeur à tel point qu’il en est devenu une peau de chagrin qui n’encourage plus personne à placer son épargne en banque. Du coup si épargne il y a, elle est partie spéculer du coté de la Bourse qui a curieusement grimpé en pleine période de crise économique…

Un besoin incompressible de ressources
En tout cas, trois jours plus tard, Slim Besbès, ministre des finances par intérim, annonce que la situation est critique et les circonstances très délicates et que la Tunisie fera appel, en 2013, au marché financier international privé pour lever un montant de quelques1800 MDT. Il annonce même un déficit budgétaire pour 2012 de 6,6% appelé à augmenter si le prix de carburant n’est pas réajusté pour éviter une compensation de quelques 800Md. Aussi est il probable que le déficit soit de l’ordre de 10 % sachant que de son côté l’apport de l’amnistie fiscale n’aura pas dépassé 75 MDT sur un total prévu de 250 MDT (à peine 30%)…

Au total, les spécialistes à l’instar de Mustapha Stambouli interprèteraient cette physionomie comme propice pour une dévaluation prochaine possible du dinar. Certains l’estiment à 10% d’ici la fin de l’année. Or, un tel niveau pousserait les hommes d’affaires étrangeres à retarder leurs investissements. Aussi, M. Besbes annonce-t-il la vente des entreprises confisquées dans un laps de temps court qui correspond actuellement à une période de flou constitutionnel et l’absence de liquidité chez les investisseurs tunisiens qui, comme nous l’avons déjà signalé, a fait grimper le taux d’intérêt. Or dans ces conditions, les repreneurs de ces sociétés ne peuvent être qu’étrangers ou des anciens propriétaires sous d’autres appellations, donc des IDE non exportateurs. Une manière « d’aggraver la balance des paiements pour les années à venir », a conclu Stambouli.

Le dinar, une longue histoire de dévaluations
Mais regardons-nous en face. Depuis sa création, notre dinar n’a jamais vraiment connu de réévaluation. D’une dévaluation à l’autre, il n’a jamais affronté la vérité du marché des changes dans le sens plein. Notre continuel déséquilibre de la balance des paiements a toujours pesé sur notre indépendance monétaire. Aujourd’hui que la Tunisie ne trouve plus suffisamment de ressources à l’intérieur de son système économique, accablée par des notations catastrophique, dirigée par des compétences parfois discutables, elle s’affronte au moment de vérité face à la mécanique implacable des bailleurs de fonds.

On a perdu face à l’Euro, face au dollar etc…Comment ne pas laisser le taux directeur nous dire ce que vaut notre dinar, vision intérieure, par l’épargne nationale. Avons-nous vraiment une courbe des taux crédible? Comment admettre que l’Etat sorte sur le marché des obligations (assimilables) à 6% à court terme alors que les banques se les procurent à 3,75% à la source?…

Les prochaines missions d’audits, ne manqueront pas de mettre les choses au clair, une clarté en laquelle un certain Ch. Ayari y tient mordicus, et il a raison de vouloir en découdre, une fois pour toutes après quel que 50 ans de BCT indépendante, parait il!

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