Pire que la violence, sa justification !

Comme beaucoup de citadins, j’étais hier sur l’avenue Mohammed V et j’ai vu de mes propres yeux ce qui s’y est passé. Et comme beaucoup de Tunisiens, j’ai regardé la prestation de Mr Ali Laarayedh, ministre de l’Intérieur, épaulé par Mme Zoghlami, la députée Ennahdha de l’Assemblée nationale, lors de laquelle ils ont essayé de justifier la violence avec laquelle la manifestation du 9 avril a été réprimée par les forces de l’ordre !

Ce que j’ai vécu le matin sur l’avenue n’était rien par rapport au sentiment d’abattement, de dégoût, de colère et de désespoir que j’ai ressenti en regardant ce débat (de sourds) sur la télé nationale !

Fermé, étanche, retranché dans sa tour d’ivoire et refusant la moindre remise en question, le ministre de l’Intérieur s’est obstiné à nier les agressions subies par les manifestants et à justifier les « rares dépassements » !

Selon lui, des « groupes » (toujours incapable de les nommer ou de définir à quelle obédience politique ils appartiennent) et avec des insinuations laissant croire que c’est Hamma Hammami qui les agitait, le ministre de l’Intérieur nous a sorti des explications tirées par les cheveux, dignes de l’époque révolue ! Toujours, selon lui, ce sont les manifestants qui ont commencé par lancer des pierres et des cocktails Molotov sur les gentils agents de l’ordre !

J’étais sur place, et à un moment donné je me suis retrouvée aux premières lignes et je peux affirmer que jamais il n’y a eu de jets de pierres. Quant aux cocktails Molotov, je pense qu’ils n’ont existé que dans l’imaginaire du ministère de l’Intérieur, qui, à court d’arguments, nous réchauffe ce plat !

Mr Laaraayedh a poussé le ridicule jusqu’à dire que les slogans des manifestants étaient immoraux et qu’ils ont contribué à « exciter » les forces de l’ordre ! Oui, pour Mr Laarayedh, dire que la rue appartient au peuple est une injure, réclamer la levée de l’interdiction arbitraire de manifester sur l’avenue Bourguiba est immoral, exiger le « travail, la liberté et la dignité nationale » est condamnable !

Non content de déformer la réalité et de mentir à la face des Tunisiens, Mr Laarayedh a mis en doute les dires de tous les intervenants sur le plateau : tout le monde ment et Laarayedh dit la vérité !

Cette intervention du ministre de l’Intérieur a provoqué un tollé chez tous ceux qui étaient présents au centre-ville hier, ils y ont vu un mépris incommensurable pour leur intelligence. Les témoignages, vidéos, photos articles de presse étrangère et communiqués des ligues de droits de l’homme, de syndicats de journalistes et l’association des blogueurs à l’appui, ont inondé le net et les réseaux sociaux. Mais que valent ces témoignages devant des responsables qui croient qu’ils sont les seuls à détenir la vérité absolue et qui n’hésitent pas à se vanter de la vertu de leurs partisans ! Mme Zoghlami, dans une attitude qui inspire plutôt la pitié qu’autre chose, a conclu en disant que les partisans d’Ennahdha sont tous vertueux et ne prononcent jamais d’obscénités !

Devant cette attitude, on ne peut que se poser une question: Mr Laarayedh nous a-t-il menti consciemment, ou n’était-il pas tout simplement à son poste en cette journée noire pour les libertés en Tunisie ?!

 

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