Le parti pirate tunisien objet de toutes les convoitises

Mouvement international, le parti pirate s’est toujours distingué, depuis sa création, des autres partis politiques. Existant dans plus de 33 pays, ce mouvement a vu le jour en Suède en 2006. Prônant Internet comme cheval de bataille, le parti pirate, dans les différents pays où il existe officiellement, a toujours été considéré comme le novice de la politique.

Plus qu’un parti, c’est toute une philosophie. On y retrouve des notions qui commencent à peine à percer, telles que la transparence totale, la démocratie participative ou encore l’abolition de toute forme de propriété intellectuelle. Tout un combat pour mettre le citoyen au cœur des décisions et Internet comme moyen pour le faire.

En 2009, il créa la surprise en faisant son entrée au parlement européen avec plus de 7,1 % des suffrages, soit près de 214 mille voix. Mais le suffrage le plus surprenant fut sûrement celui du parti pirate allemand en septembre 2011, qui obtint 8,9 % des votes, offrant ainsi 15 places à ses membres au sein de l’assemblée allemande, et dépassant, ainsi, grâce à ces chiffres les libéraux (FDP), les éjectant même du Parlement.

La notoriété de ce mouvement commença alors à prendre chaque jour un peu plus d’importance et les partis pirates se mirent à fleurir ici et là. D’autant plus que les principes qu’il défend sont de plus en plus d’actualité, avec la création des communautés pour les outils open source (en opposition au principe de la propriété intellectuelle) ou encore l’importance que prend Internet chaque jour.

La Tunisie n’échappa pas à cette vague. L’initiative de créer un parti pirate fut lancée par Chemseddine Ben Jemaa, membre du parti pirate international, lors de son retour en Tunisie. Un combat qu’il mena quelques mois avant la chute de Ben Ali et qui fut considéré comme une mission suicidaire par beaucoup de personnes. En ce temps-la, Chemseddine fut rejoint par Slim Amamou qui adopta tout de suite l’idée. Mais pas uniquement ! Le mouvement tunisien Takriz était aussi sur l’affaire. Ils ont eux aussi essayé d’aider à faire naître le parti. Cependant quelques mois après, l’affaire tourna finalement au vinaigre. Le combat pour un parti pirate tunisien se divisa en deux et les trois tentatives de légalisation du parti, entre autres faites par Chemseddine Ben Jemaa, Slaheddine Kchouk et Takriz échouèrent finalement. La querelle prit d’autres dimensions avec la médiatisation du différend entre les parties concernées et l’espoir de voir naître un parti pirate tunisien commença à s’évaporer.

Mais depuis décembre dernier, Slim Amamou a relancé l’affaire en annonçant la reprise du travail du côté du parti pirate lors du lancement du premier hackerspace tunisien. Il a travaillé avec un groupe de jeunes Tunisiens sur les textes et a coécrit le statut du parti. L’objectif était de présenter le concept du parti aux présents en insistant sur l’indépendance du parti des pirates informatiques. Car, à ce jour, beaucoup ont toujours peur du mot « pirate » et vont directement penser aux piratage et dégâts informatiques. Le parti concentrera tous ses efforts à rendre Internet accessible à tous les Tunisiens et à créer ainsi 10 millions de députés au lieu d’une poignée. 10 millions de Tunisiens qui pourront participer à la prise de décision à l’aide du vote électronique. Contre toutes formes de censure, le parti prônera la transparence totale. Une vision séduisante d’un nouveau paysage politique en attendant que le quatrième dépôt pour la légalisation du parti aboutisse enfin.

Commentaires: