Justice !

La fugue, fortuite ou programmée, de Saida Agrebi, ou la relaxe de quelques anciens ministres sous l’ère Ben Ali a soulevé ces derniers jours un véritable tollé dans tout le pays.

Les citoyens se sont offusqués et certains partis politiques, pas tous et sans entrer dans la surenchère, ont émis non seulement leurs réserves mais ils ont exprimé leur totale désapprobation dans la mesure où ces faits sont contraires à la nécessité de procéder au jugement de ceux qui se sont rendus coupables d’abus de toutes sortes pendant les vingt trois dernières années.

Car, il est notoire que ces personnalités de l’ancien régime ont exploité leurs positions et ont été, soit contraints, soit complices d’agir comme ils l’ont fait lorsqu’ils occupaient des postes de responsabilité au sein de l’Etat. De commis de l’Etat, ils étaient devenus des commis de la famille régnante, soumis à ses ordres et esclaves de leurs propres ambitions personnelles et de leurs intérêts étriqués aux dépens de l’intérêt général et de celui du bon peuple tunisien.

Dans tout ce brouillamini, c’est malheureusement la magistrature qui est sortie la grande perdante dans la mesure où les citoyens lui en veulent de ne pas avoir été au niveau de leurs espérances et d’avoir fait preuve de carence dans le traitement des divers dossiers d’abus, de malversation et de bien d’autres affaires qui ont mis notre pays à genou !

Sur ce plan, il faut bien dire que le pouvoir judiciaire en Tunisie, par le passé souvent utilisé par le régime en place pour ses basses besognes afin de les maquiller par une certaine légalité, a raté une belle occasion de se libérer des multiples influences et des pressions de tous genres qui le guettent. Les Magistrats tunisiens, et tout de suite après la révolution du 14 janvier, ont réclamé à cor et à cri leur indépendance. Ils ont revendiqué des textes émancipateurs ou la transformation du Conseil supérieur de la Magistrature auprès des autorités provisoires mais ils ont oublié une chose essentielle à notre humble avis.

En effet, le gouvernement provisoire a commencé, dans la précipitation d’ailleurs, par limoger quelques magistrats au lourd passé et considéré à la fois par leurs pairs, par les formations politiques et les citoyens comme de véritables symboles de l’ancien régime avec tout ce qu’il représente de corruption, de passe-droits ou d’abus.

Mais, il n’a pas fait davantage ! Il faut dire que la faute revient aussi aux magistrats eux-mêmes dont l’association s’est surtout préoccupée pendant les premiers mois à se faire une place au soleil revendiquant des places partout, dans toutes les nouvelles institutions transitoires du pays sans se pencher véritablement sur soi-même et sur le corps qu’elle était censée représenter !

Cette stratégie politicienne a par ailleurs engendré la naissance d’un syndicat de magistrats qui a crée une certaine confusion dans les esprits sur le domaine de compétence de l’une et de l’autre de ces structures. Elle a aussi, et surtout, empêché les magistrats de se concentrer sur l’essentiel à savoir comment conquérir sur le terrain et dans la réalité leur indépendance. Ils ont d’abord omis de laver leur propre linge sale en famille et de balayer devant leurs portes. Car, l’indépendance de la magistrature que réclament nos magistrats, ne s’octroie pas ! Elle s’arrache par l’intégrité des juges, leur probité dans le traitement des dossiers, l’égalité qu’ils instaurent entre les citoyens en faisant de la loi le seul arbitre entre les différentes parties. Ils doivent comprendre que s’ils entendent s’émanciper par rapport au pouvoir politique, économique ou celui de la rue, ils doivent se montrer d’une impartialité totale. Ils doivent donc montrer de l’audace et du courage pour conquérir leur indépendance et dire la justice en leur âme et conscience.

Reste aussi que le gouvernement provisoire n’a pas été d’une parfaite lucidité dans cette phase historique que traverse notre pays dans le traitement des affaires liées à l’ancien régime. En effet, il nous semble qu’il aurait dû créer un véritable pool de magistrats, une équipe soudée composée de magistrats respectables et respectés par l’ensemble de leurs collègues et lui confier ces affaires. Cette solution aurait eu l’avantage de centraliser les affaires se rapportant à toute la famille du président déchu et à tous les symboles de l’ancien régime et d’accélérer les procédures de leur traduction devant la justice.

Car, aujourd’hui, le peuple tunisien veut que justice soit faite ! Qu’elle le soit dans la sérénité, loin des cris de vengeance haineux, et qui donne de notre pays une image de civisme et de respect des lois. C’est aussi cela la démocratie !

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