Tunisie : Ennahdha accentue la pression sur Elyes Fakhfakh

Le mouvement Ennahdha doit tenir, ce dimanche 12 juillet 2020, une nouvelle session du conseil de la Choura, qui sera axé sur un seul sujet, à savoir la position politique à adopter prochainement vis-à-vis du gouvernement d’Elyes Fakhfakh.

Cette position est en rapport avec le suivi des enquêtes sur des soupçons de conflit d’intérêts pesant sur le chef du gouvernement, ayant indubitablement nui à l’image de la coalition gouvernementale.

Le Conseil de la Choura va trancher

L’image écornée de la coalition gouvernementale ne plaît pas à Ennahdha, au point de réévaluer sa position d’Ennahdha vis-à-vis du gouvernement et de la coalition le constituant.

Jeudi 9 juillet, le président du conseil de la Choura d’Ennahdha, Abdelkarim Harouni avait déjà été clair à ce sujet en lançant un ultimatum au chef du gouvernement, Elyes Fakhfakh pour changer la composition de son cabinet gouvernemental voire en l’appelant à démissionner.

Harouni a critiqué l’entêtement d’Elyes Fakhfakh à ne pas vouloir changer la composition de son gouvernement, ce qui bloque, selon lui, les mécanismes l’Etat. Il a également donné un aperçu de ce que pourrait engendrer la session du conseil de la Choura, à savoir, une reconsidération de la position d’Ennahdha envers le gouvernement.

Appel à la démission

Selon Harouni, l’affaire de conflit d’intérêts pesant sur Elyes Fakhfakh a nui à la coalition gouvernementale, mais au-delà des soupçons pesant sur le Chef du gouvernement, l’appel à la démission lancé par Ennahdha est en fait motivé par d’autres considérations, politiques cette fois.

Ennahdha, tente, en effet, de « forcer la main » à Elyes Fakhfakh pour élargie la composition gouvernementale à d’autres formations politiques, notamment Qalb Tounes et la Coalition Al Karama. Les multiples tentatives d’Ennahdha se sont avérées vaines et face au refus catégorique du chef du gouvernement, Ennahda tente, à présent, une autre approche, plus radicale.

Et Harouni de rappeler que la coalition gouvernementale actuelle a échoué. « On ne peut pas accepter, sous prétexte d’une situation économique difficile et au nom de la stabilité gouvernementale, une situation plus grave que le changement du gouvernement, on a besoin d’un gouvernement au-dessus de tout soupçon de corruption », a-t-il déclaré, jeudi.

Selon Harouni, la nécessité de se doter d’un gouvernement solidaire et soutenu par une base au sein du parlement pour qu’il puisse mener les réformes, et faire avancer les projets de développement dans les régions, est devenue urgente.

Kais Saied avertit

Le président Kaïs Saïed, quant à lui, ne mâche plus ses mots même s’il lui est difficile d’intervenir. « C’est l’un des plus graves moments, vécus par la Tunisie », puisque « certains essaient de détruire l’Etat de l’intérieur, par la dislocation de ses institutions et la création du vide », a-t-il dit dans son allocution d’ouverture de la réunion des hauts gradés de l’armée et de la police, en présence du chef du gouvernement.

Et à l’heure où tout s’emmêle au sein de la sphère politique avec une tension à son comble, le souvenir d’Habib Jemli réapparaît. Et si Ennahdha, contrainte d’accepter le candidat de Kais Saied, Elyes Fakhfakh après l’échec de son candidat, Habib Jemli, avait décidé de passer à l’action ?

Les tensions entre le Parlement et la Présidence de la République trouvent peut-être leur explication dans le choix du Chef du gouvernement. Les islamistes, ayant échoué à faire nommer leur poulain, ils cherchent désormais à déloger celui de Kais Saied, épaulés par les blocs Qalb Tounes et la Coalition Al Karama.

Youssef Chahed en renfort

Dans ce brouhaha politique, Tahya Tounes a décidé de se ranger du côté d’Elyes Fakhfakh. Mustapha Ben Ahmed, président du bloc de Tahya Tounes, a proposé à Harouni de « demander aux ministres d’Ennahdha de démissionner, puisque leur parti ne soutient plus le gouvernement Fakhfakh ».

Dans un pays qui peine à tenir debout économiquement, ses politiques continuent de valser au gré de leurs humeurs. Ils pourraient bien, cette fois, chuter et entraîner avec eux tout un pays !

Commentaires:

Commentez...