Rafik Meghirbi, voyagiste : « Difficile de pallier le marché algérien »

  • Un nouveau confinement sera synonyme de coup de massue !
  • Les touristes algérien et européen passent un minimum de 7 nuitées, le touriste tunisien 3 nuitées en moyenne.
  • Supprimer le All inclusive et maximiser les ventes en extra
La récente décision de maintenir fermées les frontières algériennes est tombée comme un couperet pour la communauté touristique tunisienne qui pariait fortement sur ce marché pour sauver ce qui peut l’être de la saison. Aujourd’hui, tout est, désormais, remis en cause. Il faudrait attendre une nouvelle décision allant dans le sens de l’allègement des conditions de fermeture pour que l’espoir revienne.
Rafik Meghirbi

Rafik Meghirbi, manager général d’une agence de voyage, considère que « la décision des autorités algériennes de fermer les frontières est à la fois bonne et sage. Personnellement, je suis contre l’ouverture, tous azimuts, des frontières, il faut procéder au cas par cas et maximiser les contrôles, car une nouvelle pandémie et un nouveau confinement seront synonymes de coup de massue qui nous cassera le dos.

Economiquement parlant, la défection du marché algérien nous sera, sans doute, fatale. Les touristes algériens ont un pouvoir d’achat qui se situe entre la clientèle européenne et tunisienne, par ailleurs le tarif qui leur est appliqué est celui du marché tunisien. Sauf que le touriste algérien, comme le client européen, d’ailleurs, passe un minimum de 7 nuitées, alors que le touriste tunisien 3 nuitées seulement en moyenne.

Au demeurant, la fermeture des frontières algériennes va causer beaucoup de dégâts à nos hôtels et agences de voyages, surtout celles qui sont spécialistes de ce marché comme la plateforme Clickngo. Sans parler du manque à gagner qu’accusera le secteur para-hôtelier, à l’instar des locations de villas, appartements et résidences, et les emplois indirects qui sont en rapport avec les activités commerciales et de loisir. Ça sera, à bien des égards, une grosse perte du point de vue économique ».

Le marché libyen possède les mêmes caractéristiques

« Le marché libyen est le seul qui puisse pallier celui algérien, car la clientèle libyenne partage, en général, les mêmes caractéristiques de séjour, et a un pouvoir d’achat et un panier de consommation semblables à la clientèle algérienne », soutient Rafik Meghirbi. Quelles sont les solutions qui se présentent à nous pour réduire au maximum le manque à gagner généré par la défaillance du marché algérien ?

« J’ai personnellement proposé, répond notre interlocuteur, une solution qui peut être appliquée aux divers marchés que nous hébergeons, la pandémie n’étant pas liée uniquement à l’Algérie. Le Royaume uni, classé orange, a un grand potentiel tout comme les Russes, classés rouge d’après la nouvelle liste du 1er juillet.

Ma proposition consiste, en effet, à classer les hôtels par catégorie, ceux devant accueillir les touristes locaux, une autre catégorie réservée aux touristes algériens et des établissements hôteliers spéciaux pour le confinement. Cela nous éviterait les polémiques comme celle qui a éclaté avec les Tunisiens Résidents à l’étranger (TRE) et la possibilité qu’ils soient logés dans les mêmes établissements que la clientèle locale.

Les hôtels doivent réduire au maximum la psychose qui pourrait s’emparer de la clientèle avec l’entrée de touristes de diverses nationalités. Les unités hôtelières sont tenues, en outre, de mixer le personnel pour que tout le monde trouve son compte et, au moins, sauver ce qui peut l’être du tissu hôtelier (payer les charges et assurer la pérennité de l’entreprise) ».

Maximiser les ventes en extra !

« J’ai proposé, par ailleurs, que les hôtels suppriment la formule Tout compris (all inclusive) et autres pensions et ne garder que le logement simple et le petit déjeuner. De cette façon-là, le prix de lancement (appelé aussi le prix d’appel) sera beaucoup moins élevé et chaque client consommera à sa guise selon son budget.

Cette procédure permettra, en outre, aux hôtels de maximiser leurs points de vente et leurs ventes en extra, surtout que plusieurs établissements accuseront un manque d’effectif. Sur le plan sanitaire, il n’y aura, désormais, plus de queue pour le buffet puisque tout se sert à table. Cela permettra également aux hôtels de réduire le coût de la nourriture et des boissons (le food cost) ».

Peut-on espérer voir les Algériens de France rejoindre directement la Tunisie pour y passer leurs vacances ? Y a-t-il assez de vols et de liaisons pour cela ?

« Ces résidents dans l’Hexagone, répond Rafik, sont une bonne clientèle surtout avec le passage de la France au vert, mais le souci majeur est lié à l’aérien. Les TO ne peuvent pas disposer d’avions du jour au lendemain, il faut une préparation d’avance et une étude préalable de rentabilité. En cette conjoncture exceptionnelle de Covid-19, les avions ne sont pas disponibles en masse, donc si on se réveille en pleine saison c’est déjà trop tard.

Pour revenir à la clientèle algérienne de France, je vois mal, en effet, la voir affluer en masse du moment qu’elle ne peut pas rencontrer la famille en raison de la fermeture des frontières. Sauf si elle est tentée par notre pays, classé, désormais, destination Covid safe par le world travel tourism council ».

Que de regrets…

« En tout état de cause, s’il y a quelque chose à regretter, se désole Rafik Meghirbi, c’est, sans doute, le retard accusé par le gouvernement et le ministère du Tourisme au niveau de la communication, en plus du déficit de planification et de réactivité.

Comme c’est le cas pour les festivals où tout se fait à la dernière minute alors que les artistes internationaux ou les festivals sont « bookées » deux ans à l’avance. Si tu décides d’ouvrir du jour au lendemain, tu arrives trop tard et on te dira désolé il y a des pays plus réceptifs et plus planificateurs qui ont tout pris. Reviens l’année prochaine !

Il fallait dès début avril planifier et avancer une date (le 15/07, le 31/07 ou le 01/08) pour que les TO sachent quand ils commenceront à ouvrir la destination et stimuler les ventes et voir, par la suite, comment la destination va-t-elle réagir et dans quelle direction elle se dirige. »

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 06/07/2020

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