Adieu Abbès Abdelkafi : L’ami, l’esthète, le militant

Abbès Abdelkafi

Abbès Abdelkafi nous a quittés discrètement, comme en contrepoint d’une vie qu’il a dédié à plusieurs combats mais avec une modestie et une discrétion exemplaire.

Son âme de militant de gauche n’a jamais failli et si avant la Révolution tunisienne, il comptait parmi les soutiens inébranlables de la justice sociale, il continuera à chercher après le 14 janvier, la meilleure posture pour que les combats de la gauche soient portés par le concret et les principes.

Pour moi qui le pleure aujourd’hui, c’est son image de militant pleinement engagé qui s’impose. Car cet engagement de vie, il ne le déployait jamais dans le spectaculaire des vanités mais bel et bien dans le réel le plus immédiat.

Que de fois ne l’ai-je taquiné sur certains de ses choix que nous discutions entre le souk des chéchias où il venait souvent me rendre visite et les multiples lieux de mémoire de la médina de Tunis.

Je dis « taquiner » car, avec Abbès, la dialectique était un exercice avec lequel on ne badinait pas. Et j’essayais parfois de le faire rebondir sur des sujets d’actualité tout en sachant qu’il ne se départirait pas de son analyse et que cette dernière était le fruit d’une réflexion longuement pesée.

C’est donc dans la médina que nous nous sommes toujours retrouvé. Autour des livres, de ses initiatives de convivialité, des artistes qu’il savait dénicher pour les inviter au Diwan Dar El Jeld dont il m’avait généreusement ouvert les portes pour mes activités littéraires.

La médina, il la connaissait par coeur et l’aimait par-dessus tout. Intarissable sur l’histoire et l’architecture, il aimait aussi écouter et savait se délecter des savants propos d’un tel ou des rêveries de tel autre. D’ailleurs, lorsque ce n’était pas dans la médina, nous nous retrouvions dans des cercles culturels ici et là, au hasard des événements.

L’esthète en lui était toujours en éveil et ce n’est pas un hasard si nous avons pu écouter aussi bien Anouar Brahem que Mounir Béchir dans les lieux qu’il aimait, comme s’il tenait absolument à les placer sous les augures de l’art exigeant et du bonheur de la musique.

Depuis quelque temps, Abbès s’était éclipsé. La maladie nous avait privé de sa silhouette, remontant Souk el Attarine puis la rue Sidi Ben Arous, avec des stations de rigueur auprès de ses amis et la bonhomie du fils du quartier qui cultivait une proximité de tous les instants avec les gens du peuple, ceux qui lui ressemblaient, ceux auxquels il dédiait les combats de sa vie.

Paix à son âme alors qu’aujourd’hui, nous l’enterrons. Vives condoléances à toute sa famille, ses amis, ses camarades et ceux qui ont tant aimé cet homme d’exception, amoureux des choses simples et aussi de celles plus ardues qui font les équilibres des plus belles de nos vies. J’ai eu la joie – la mère des émotions positives – d’apprendre à son exemple, à être ouvert, curieux, généreux, patient et tolérant. Car il fut aussi mon ami.

Abbès laisse derrière lui un sillage de bonté et d’amour du prochain. Que dire de plus !

Commentaires: