Slim Chakroun : « Le flux des touristes européens se fera à partir du 1er septembre »

  • « Nous pouvons espérer sauver 60% de la saison »
  • « Il est insensé de confiner un touriste dans un lieu fermé »
  • Objectif : 1,5 million de touristes algériens
Le secteur touristique entrevoit-il, enfin, le bout du tunnel ? La réponse à cette question est, à bien des égards, fort prématurée tant elle est tributaire de plusieurs variables, pour le moment, indéchiffrables. Il est, cependant, permis d’arborer un brin d’optimisme et d’espérer qu’il fera meilleur demain. Avec la réouverture des frontières aériennes, terrestres et maritimes à compter du 27 juin, une éclaircie pourrait s’immiscer dans des horizons obscurcis par le covid et le marasme économique.

Cette idée ou plutôt ce pressentiment est partagé par la majorité des professionnels du secteur. Mais un point inquiète. Comment les agences de voyage et les tours opérateurs vont-ils se comporter par rapport au protocole sanitaire qu’exigent les autorités tunisiennes, à savoir le confinement systématique pendant une semaine pour tous ceux qui foulent le sol tunisien ?

Slim Chakroun, responsable d’un établissement hôtelier à Hammamet, considère qu’ «il est insensé de confiner un touriste dans un lieu fermé alors que l’objectif de son voyage est de découvrir un pays et de s’y promener librement sans limitation d’espace. Cela est d’autant plus réalisable que la Tunisie a réussi, de l’avis même de l’Organisation mondiale du tourisme, à juguler l’épidémie, l’OMT nous considérant comme étant l’un des pays les plus sûrs à visiter dans la période à venir ».

Slim Chakroun, professionnel du tourisme

Le magazine Forbes avait écrit, il y a quelques jours, que la Tunisie est parmi les destinations les plus prometteuses post-covid. Si l’on doit s’en féliciter, on est en droit, cependant, de se demander si cet article de presse étrangère aura (ou non) un effet sur les récepteurs surtout que le monde est plus préoccupé, maintenant, par les problèmes sanitaires que tourné vers l’activité touristique ?

« Ecoutez, le monde des voyages est à l’affût des derniers développements par rapport à l’évolution de l’épidémie et de l’ouverture des frontières. Ce genre d’articles et de déclarations, poursuit notre interlocuteur, peuvent avoir des effets positifs à condition qu’on sache les vendre à bon escient. »

La reprise dépendra du bon vouloir des autorités

Slim Chakroun considère que « la reprise sera forte ou lente selon ce que les autorités vont décider comme démarche à suivre pour l’entrée des touristes étrangers, en particulier les Algériens. Les gouvernements des deux pays doivent, à mon avis, trouver un accord dans le sens d’un allègement des procédures pour permettre un flux fluide de nos frères algériens sur notre sol. Si cela se réalise, nous pourrons espérer accueillir plus d’un 1,5 million d’Algériens. Ça sera une bouffée d’oxygène pour la région de Hammamet, entre autres, et les hôteliers pourront amortir, un tant soit peu, les trois mois d’inactivité perdus à cause du confinement ».

Cela dit, en attendant que la situation se décante au niveau des conditions d’entrée des frontières, le tourisme local se présente, aujourd’hui, comme le marché potentiel sur lequel tous les espoirs sont permis. « Effectivement, concède notre hôtelier. Allez jeter un œil sur les sites tunisiebooking et traveltodo. Le pic de la demande sera à partir du 15 juillet et on espère faire le « plein », c’est-à-dire 50% en capacité de lits, ce qui est, en tout point de vue, absurde comme mesure. »

Quid des touristes européens ?

« Franchement, il n’y a pas lieu d’espérer à ce que les Européens affluent en masse en juillet et août poursuit Slim Chakroun. Il ne faut pas oublier que durant ces deux mois, les tarifs sont élevés, il faut savoir, également, que la situation économique et sociale dans les pays émetteurs de touristes a été fortement impactée par la covid. Il faut prendre en considération, par ailleurs, que le confinement va retarder, cette année, les congés d’été, du fait que les gens étaient au repos en mars, avril et mai.

Ce n’est vraisemblablement qu’à partir du 1er septembre qu’on assistera à une dynamisation du marché européen. Bien évidemment, il faut tenir compte de quelques opérations réalisées entretemps ici et là. Les 6 et 7 juin, des touristes russes vont débarquer chez nous, des Belges rallieront Djerba le 28 juin, etc.

Pour résumer, je dirai qu’en juillet et août les hôtels seront investis par les touristes locaux et les Algériens, à partir du 1er septembre place aux Européens.»

Les vacances, 10% plus chères !

Qu’en est-il des prix pratiqués cette saison ? « En moyenne, répond notre hôtelier, ils seront 10% plus élevés que l’année dernière. Ces tarifs sont, en effet, impactés par les charges supplémentaires que nous impose le protocole sanitaire (achat de produits désinfectants en tout genre), sans oublier le fait que nous travaillerons à 50% de notre capacité d’accueil alors que le personnel est maintenu en l’état ».

Pour finir, êtes-vous optimiste quant aux perspectives de la saison ? « Si tout se passe bien, nous pouvons espérer réaliser 60% des indicateurs de la saison dernière. Toutefois, insiste l’hôtelier, il faut que les autorités revoient, à partir du 1er juillet, le protocole sanitaire à appliquer dans les hôtels et qui est trop contraignant ».

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 08/06/2020

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