Chroniques du Ramadan : Les secrets de la rue El Marr

J’ai toujours eu la nostalgie de la rue El Marr. Je suis passé des milliers de fois par cette rue pour me rendre chez mes grand-parents et j’en garde un souvenir vivace.

Entendons-nous, il m’arrive encore de flâner dans cette rue, à la recherche de traces indéfinissables.

Que ce soit la boulangerie Hachaichi, la fabrique de boissons gazeuses qui appartenaient aux Souissi, le petit marché ou les artisans qui fabriquent des tamis, je garde de nombreux repères dans cette rue dominée par l’auguste demeure de Ben Abderrahman.

Pour aller de la rue des Silos où j’habitais, à la rue Boukhris, on passait par deux longues rues, une place et un petit dédale.

Sur la place du souk des Armes, celle qui fait face à la porte monumentale de Bab Djedid, Ahmed Oueld Ebba tenait son restaurant populaire.

Il a fait de nombreux émules car tout ce quartier s’est converti au « lablabi » et au « sohlob ». Des marchands de fruits et légumes ainsi que quelques hammams ponctuent ces rues qui aboutissent non loin de la Kasbah.

La rue El Marr, ce sont aussi, les souks qui ne sont plus loin. Près de la pharmacie Bahri, le fameux « derbouz » ouvrait le souk des Selliers. A peine descendues quelques marches et c’était un autre univers qui vous accueillait.

Cette image de la rue El Marr nous renvoie à des temps lointains et, justement, rappelle la vocation de cette artère à relier la Kasbah à la partie haute de la ville, du côté de Jemaa El Hawa, la Rahba et Ras Edderb.

Pleine de trésors et de ruelles qui confluent, cette rue El Marr est à l’image d’une rivière à quelques mètres des anciens remparts.

La rue des Femmes au nom mystérieux, la rue de la Rivière qui débouche sur la rue du Fleuve, le petit souk de Sayda Manoubia et ses coiffeurs, le Morkadh et sa réminiscence espagnole ( le terme viendrait de « mercado »), les dizaines de boutiques et les petits épiciers…

La rue est propice aux réminiscences et aux retrouvailles avec une époque évaporée.

Mieux, cette image du dix-neuvième siècle semble silencieusement confirmer l’importance de cette rue remontée tant et tant de fois.

El Marr signifie Le Passage ou pour utiliser un autre terme, le Cours ou l’Allée au sens urbain de ces termes.

Et ce long passage porte bien son nom !

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