Tunisie : Le code de la déroute

Tunisie : Le code de la déroute

Par - Tunis-Hebdo
Un camion en porte-à-faux sur la chaussée, symbole de l’incivisme ambiant

Qu’elle ne fut ma joie lorsqu’on annonça, à la radio, au mois de mars 2019, que les agents de police seront, désormais, intraitables quant au respect du code de la route.

Je serai incapable de vous dire quel jour c’était. Je peux, en revanche, vous affirmer que les représentants de la loi ne se sont pas fait prier. Car une semaine après, des milliers de véhicules se sont fait arrêter et leurs conducteurs verbalisés. Ceux qui ont eu la malencontreuse idée d’omettre leur ceinture de sécurité se coltinent une amende de 40 dinars et sans pourparler aucun.

Les poids lourds roulant aux heures de pointe sont mobilisés sur le bas-côté en attendant que la circulation se fluidifie. Même les motards sans casque se mettent à en porter, de peur de croiser ces nouveaux justiciers de l’asphalte.

L’ordre était devenu le maître mot et la Tunisie semblait renouer avec un passé quasi utopique. On se serait cru dans un film de Sylvester Stallone. Mais à peine le Sommet arabe terminé (31 mars 2019) que la nonchalance et le laisser-aller ont, de suite, rangé ce regain de bon sens aux oubliettes. Ce n’était, en fin de compte, que de la poudre aux yeux pour enrhumer nos « illustres » invités du Golfe.

Aujourd’hui, le feu rouge n’est qu’un voyant lumineux servant à éclairer le goudron, le soir, la STEG ne remplissant pas cette tâche correctement. Les voitures remontent les autoroutes à contre-sens pour économiser un dinar sur l’essence et les piétons traversent la voie en diagonale, portable à l’oreille et avec une indifférence totale vis-à-vis de ce qui les entoure. Et tout cela, dans l’impunité la plus totale.

Sept mois plus tard, en octobre, on se retrousse les manches pour une campagne de nettoyage hors du commun. C’est l’effet Kais Saïed, d’après les médias. Un effet de courte… de très courte durée, puisque les rues sont redevenues aussi crasseuses qu’avant.

C’est visiblement un phénomène tout bonnement tunisien que de montrer sa bonne volonté dès le début puis de s’écrouler dans un tourbillon de paresse contagieuse.

On en vient à se demander si la discipline est compatible avec notre patrimoine génétique. A en juger par l’attitude puérile de nos élus, chargés de donner l’exemple, je dirai que l’ordre en Tunisie est un concept n’ayant aucune chance de réussir dans le contexte sociopolitique actuel. Sommes-nous condamnés à choisir entre le dictateur sanguinaire et cet ersatz démocratique qui ressemble plus à une mauvaise sitcom mexicaine qu’à un régime d’Etat ? Apparemment oui !

Entretemps, les Tunisiens ont réussi, haut la main, leur code de la déroute version 2019.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 13/01/2020

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