Nostalgies tunisoises : Qui se souvient encore de Kaddour Ben Nitram ?

Nostalgies tunisoises : Qui se souvient encore de Kaddour Ben Nitram ?

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Quand Tunis était une multinationale!

Ce nom sonne bizarre et pourtant il est familier à beaucoup de Tunisiens. Les uns l’ont écouté à la radio, d’autres ont lu ses chroniques d’un autre siècle et d’autres possèdent de rares exemplaires de ses disques ou ses livres.

Il se nommait Edmond Martin

Kaddour Ben Nitram fut une véritable légende du Tunis du vingtième siècle. Son vrai nom, c’est Edmond Martin et il choisit, précurseur du langage verlan, d’inverser Martin en Nitram, laissant en rade son prénom pour adopter celui de Kaddour.

Ce matin, alors qu’il pleut des cordes, j’ai retrouvé nichée dans ma mémoire, une des histoires qui avaient fait la réputation de notre facétieux ami.

Braitou, le docteur et l’albumine

Dans cette histoire, un dénommé Braitou se rendait à l’hôpital pour une visite médicale. Le diagnostic sera négatif. Il n’y avait pas d’albumine dans l’échantillon d’urine qu’il avait déposé la veille.

Tout heureux, Braitou demanda la permission de téléphoner et passa ainsi plusieurs coups de fil devant le docteur qui ne parvenait pas à brider l’ardeur joyeuse de son patient.

Braitou, à chaque fois qu’il appelait quelqu’un, lui ressortait le même discours: »Pas d’inquiétude. Tout va bien. C’est négatif, il n’y a pas d’albumine ». Il ajoutait ensuite, narquois mais bien décidé : « Cela fait cinquante francs ». Et passait ensuite au prochain interlocuteur.

Excédé, le docteur finit par se fâcher tout rouge et demander des explications à celui qui avait squatté son téléphone. Et Braitou de répondre qu’il venait de téléphoner à tous ceux qui avaient pissé dans la bouteille pour récupérer sa mise et quelques bénéfices.

C’est de cette veine que sont les histoires drôles de Kaddour Ben Nitram. Pour les raconter, il avait recours à une pittoresque galerie de personnages dont je vais tenter de vous énumérer quelques ténors.

Une incroyable galerie de personnages

Il y avait par exemple Braitou, Ninette et Daydou côté juif. Les Siciliens n’étaient pas en reste avec l’incroyable Peppino Mangiaracina, agriculteur que tout le monde appelait Mastro Cicco, et la Donna Soussida et la Donna Peppina. Pour les Maltais, les personnages avaient pour nom Djouss Betchazaira, boucher de son état, et Gianni qui était cocher.

Antoine Filigone, retraité de la police, Bastitacciou, petit flic, et Figatelli, simple maton, étaient les Français de service. Enfin, Kaddour était avec le duo Salem et Ali, toujours ivres, le représentant haut en couleur de la communauté des souchards.

N’oublions pas Albaréchistrac le douanier, Calcidone Concombralo le wattman et le cortège des Kamouna, Kiki, Sloumou et Lalou, représentatifs des Juifs de la Goulette ou de la Hara.

Ils parlaient tous une langue improbable qualifiée de « sabir », un mélange détonnant d’arabe, de maltais, d’italien et de français qui était exprimé avec des accents à couper au couteau.

Gouaille, humour et paradoxes

Edmond Martin, l’inventeur de cet univers et de sa langue, était en fait un infirme de guerre qui circulait en fauteuil roulant. Devenu Kaddour Ben Nitram, il devient une star de la radio de l’époque grâce à un passage quotidien, rendez-vous des rieurs.

Son pseudonyme sonnait haut et fort et le public adorait son humour bonhomme et ses personnages de Ali Klafez et consorts, témoins d’une époque paradoxale, d’une gouaille bien tunisoise et de l’art consommé de Kaddour Ben Nitram, cette voix du passé qui resurgit parfois.

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