Bourguiba, BCE et nos premières dames éteintes

Les photographes de son époque et la mise en scène officielle de ses portraits ont beaucoup fait pour donner toute sa stature à Bourguiba.

Ses photographies ont imprégné toute une génération et c’est vrai que le culte de sa personnalité aidant, il était partout, dans les cafés, tous les lieux publics et même dans les salons familiaux.

J’ai grandi avec sous les yeux deux photos de Bourguiba: l’une était un portrait souriant qui se trouvait au-dessus de l’armoire de mes grands-parents, l’autre le représentait avec Nixon, en voiture à Bab Djedid, en mars 1957. Un enfant lui tendait un bouquet de fleurs qui, selon la légende familiale, n’était autre que le cadet de mes oncles.

Wassila, je la voyais ou plutôt l’apercevait une fois l’an, lorsqu’elle accompagnait le président au stade pour les finales de la Coupe de Tunisie de football.

Pendant longtemps, j’ai eu l’impression qu’elle était la seule femme admise au stade. C’était à l’époque le Zouiten et le couple présidentiel arrivait en limousine pour un tour d’honneur puis s’installait dans la tribune réservée.

Ma génération a aussi toujours eu sous les yeux le couple présidentiel et, ils font quasiment partie de l’entourage puisque leurs photos trouvaient même leur chemin dans les albums de famille.

Béji Caid Essebsi est arrivé beaucoup plus tard. Si je vous parle d’images des sixties, le président élu en 2014 répond à une tout autre iconographie.

C’est cinquante ans après que ses photos ont intensément circulé. Dans la grande maturité de l’âge et aussi en couleurs.

Désormais, après le décès de la veuve de BCE, ces photos nous renvoient à la mémoire de quatre défunts qui sont tous passés par le palais de Carthage.

Toutes ces photos ont une valeur affective, esthétique et documentaire. De fait, elles font partie de notre histoire contemporaine.

Les regarder, les analyser et les placer dans le sillage de l’iconographie officielle ou pas est indéniablement l’un de nos devoirs de mémoire.

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