Le retour de BCE !

La situation politique dans le pays se complexifie, prenant une tournure assez inattendue après la déclaration unilatérale de la fin du consensus et de la lune de miel entre le Président de la République et les Islamistes.

En fait, c’est le contexte qui l’a exigé d’autant plus que nous sommes à la veille d’une année électorale où chaque camp essaie d’avancer ses pions pour tenter de décrocher le « gros lot » pour la prochaine législature.

Ce contexte se caractérise, aujourd’hui, par une sorte de tension politique apparue depuis le retour sur le devant de la scène des assassinats politiques de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi qui avaient soulevé l’ire des Tunisiens et de l’existence d’une structure secrète dépendante d’Ennahdha suite aux nouvelles révélations faites par le Comité de défense des deux martyrs de la Révolution.

Ce retour à la Une de cette question fondamentale, qui empoisonne l’histoire de la Tunisie et compromet son avenir -la connaissance de la vérité étant une condition sine qua non pour l’instauration d’un climat de confiance dans le pays entre les différentes formations politiques- a été saisi par le Président de la République, qui après avoir reçu ce comité de défense, a pris l’initiative de traduire la question de l’existence d’une structure secrète au Conseil de la sécurité nationale.

L’audience accordée au comité de défense avait déjà provoqué la colère noire des Islamistes dont les menaces, à peine voilées, ont d’ailleurs interpellé le Chef de l’Etat qui leur a répliqué dans sa courte allocution au début de la tenue du Conseil de la sécurité nationale.

C’est cette dernière réunion qui a fini par les irriter au plus haut point contestant au Chef de l’Etat son droit de discuter de cette question au sein de cette structure, le priant de laisser la justice s’en occuper et le priant de demeurer au-dessus des contingences.

Sur ce plan, il convient d’indiquer que le conseil de la sécurité nationale est d’abord une structure prévue par la Constitution, celle-ci n’ayant organisé ni sa saisine ni les questions dont il est chargé.

Autrement dit, le Chef de l’Etat possède de larges attributions dans ce cadre d’autant plus qu’une question comme l’existence d’une éventuelle structure parallèle dépendant d’un parti politique légal constitue un danger et une menace pour la sécurité de l’Etat et est contraire aux règles démocratiques les plus élémentaires. La seule obligation du Chef de l’Etat est d’inviter le Chef du gouvernement et le président de l’ARP à ses réunions.

Il peut donc le convoquer et fixer l’ordre du jour qu’il souhaite à condition que l’affaire en question ait un lien avec la sécurité nationale, ce qui est largement le cas. Rien ne l’empêche aussi d’examiner une affaire devant le conseil même si la justice en est déjà saisie.

Aujourd’hui, les Islamistes nient l’existence de cette structure parallèle et appellent au recours à la justice. Or, celle-ci ne semble pas bénéficier de la confiance de toutes les parties d’autant plus qu’elle n’a pas encore pris l’initiative d’ouvrir au moins une enquête judiciaire.

Il faut dire que plus d’un observateur l’accuse d’être sous l’emprise d’Ennahdha depuis le passage controversé de Noureddine Bhiri à la tête du ministère de la Justice. Il faut dire que la mise en place de structures parallèles n’est pas étrangère aux pratiques nahdhaouies.

Depuis leur prise de pouvoir en 2011, les Islamistes se sont évertués, et contrairement à leurs dires, à déstructurer l’Etat de l’indépendance et ses institutions qui échappaient à leur domination. Il convient de se rappeler les propos de Rached Ghannouchi quand il a dit que les agents de sécurité ne sont pas garantis pour se rendre compte de cette vérité incontestable.

C’est pour cela que nous avons eu une police parallèle (les événements du 9 avril 2012), alors que la Choura et le bureau exécutif d’Ennahdha sont les structures parallèles à l’ANC, hier, et à l’ARP, aujourd’hui, et au gouvernement, et où sont prises les véritables orientations et décisions.

Indépendamment donc de la volonté du Chef de l’Etat de vouloir dévoiler la vérité sur cette structure parallèle ou sur les assassinats politiques, cette affaire lui a permis objectivement de reprendre l’initiative politique qu’il a semblé avoir perdu après la création du front entre Y.C, Mohsen Marzouk et les Islamistes.

Lotfi LARGUET
Tunis-Hebdo du 03/12/2018

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