Figures marquantes : Thâalbi, Bourguiba, Hached…

Figures marquantes : Thâalbi, Bourguiba, Hached…

Par - Tunis-Hebdo

Mes lecteurs ne sont pas sans savoir que je suis un grand lecteur, devant l’Eternel. Ils savent, aussi, que mes lectures favorites sont les Mémoires et les biographies.

C’est pour cette raison que je voue une grande admiration à mon ami Ahmed Touili qui est l’auteur  tunisien le plus prolifique avec plus de 125 ouvrages et à qui nous devons plusieurs biographies d’hommes et de femmes illustres tunisiens. C’est ainsi qu’il vient de publier un nouvel ouvrage dont le titre est «Figures marquantes tunisiennes (أعلام من تونس) et qui comporte plus d’une douzaine de biographies  de personnages illustres tunisiens dont Abdelaziz Thaâlbi, Habib Bourguiba, Farhat Hached , Mohamed  Belkhouja, Béchir Khraief, Mnaouar Smadah, etc.

Investigateur puissant et sagace de faits d’histoire contemporaine ignorés ou trop peu connus, Ahmed Touili a la clarté, l’élégance, l’érudition, la solidité.

Ses travaux ont apporté un vif éclat sur l’histoire de notre pays et sur ceux qui l’ont faite.

Même quand on connaît bien la vie et l’œuvre des personnages qu’il nous présente, Touili nous apporte, toujours, un élément que nous ignorions. Néanmoins je veux, à mon tour, émettre quelques remarques sur quelques- uns des personnages que Touili nous  a présentés, autrement dit ajouter quelques détails à ce qu’il a écrit sur eux.

Commençant par Abdelaziz Thaâlbi dont Touili nous a évoqué son arrestation après la publication de son pamphlet «La Tunisie martyre», son procès, les avocats qui l’ont défendu et la joie du peuple tunisien après sa libération.

Or, je veux dire que ce grand leader patriote, qui a consacré sa vie à lutter pour l’indépendance de son pays, s’est déconsidéré par son témoignage accablant contre Bourguiba, lors du procès qui fut intenté à ce dernier à la suite des événements sanglants du 9 avril 1938.

A signaler que c’est là le seul point noir dans la carrière politique de Thaalbi.

Pour ce qui est de Bourguiba, et du rôle de Sadiki dans sa formation, je voudrais citer ce qu’a dit le Combattant suprême à ce sujet :

«De mon passage au Collège Sadiki, je garde des souvenirs vivaces qui ont émaillé certains de mes discours et, surtout les cours que j’ai donnés à l’Université de Tunis. En vérité, c’est à cette époque que mon combat a pris son départ et que, dans mon esprit d’adolescent, prit forme un grand dessein : libérer mon pays. J’ai dit la part prise dans ma formation par l’enseignement bilingue sadikien et ses caractéristiques «révolutionnaires» pour l’époque : ouverture sur le monde  moderne, la technique, les mathématiques, mais aussi accès aux grandes sources de l’humanisme et de la culture occidentale».

Au Collège Sadiki, j’ai eu pour professeur M. Collière, qui a exercé sur moi une influence extraordinaire. Il jouissait à mes yeux d’un prestige immense. C’est lui qui m’a initié à la rigueur de la syntaxe, et aux fondements de cet humanisme, base de toute culture française. Un jour, je lui ai récité « Les Pauvres Gens » de Victor Hugo. A la sortie de la classe, il m’a pris à part :

«Tu m’a fait presque pleurer ! Me dit-il. Sais-tu que j’ai serré la main de Victor Hugo ? Oui, j’avais cinq ans. C’était à Paris, Place des Vosges. Je l’aperçois, sortant de sa maison. M’arrachant à la main de mon père, je me précipite. Interloqué, il me caresse gentiment les joues, et me dit : «Bonjour, monsieur mon papa !». Je luis répondis : «Bonjour, mon fils !». Il avait probablement à ce moment- là, plus de quatre-vingts ans !».

Quant à Farhat Hached, soixante- six ans nous séparent de ce sinistre 5 décembre 1952 où se répandit la triste nouvelle de l’assassinat de ce grand patriote. Chaque année, la Tunisie commémore, la date de ce lâche assassinat par la Main Rouge de sinistre mémoire du grand leader syndicaliste qui était âgé de 38 ans.

L’on sait que pour Hached, à l’action syndicale, s’était ajoutée la lutte nationale.

Il fut, entre autres, l’élément le plus actif des représentants des différentes tendances de l’opinion publique tunisienne, au nombre de quarante, que Lamine Bey avait convoqués le 1er août 1952 pour soumettre à leur examen le plan de réformes proposé à son sceau par le gouvernement français.

Il combattit le colonialisme par tous les moyens et avec succès. Aussi, décision fut prise par les prépondérants français de le liquider physiquement.

Des lettres de menace lui furent adressées. Il n’en eut cure. Aux amis qui lui conseillaient d’être prudent, il répondait : «Il est plus digne pour moi de mourir et que mon sang abreuve le sol assoiffé de la patrie… Dans le cas fort probable où je serais la victime d’un attentat criminel, ma mort servira incontestablement la cause de mon pays…»

Le 5 décembre 1952, les hommes de main du colonialisme mirent leur projet de meurtre à exécution.

Mais voulant tuer un homme pour atteindre une cause, il firent accomplir à cette cause des pas de géant «car si, rarement sacrifice fut aussi douloureux étant donné la sympathie, l’affection dont jouissait l’homme, rarement, aussi, sacrifice fut si utile à la noble cause d’émancipation des peuples».

Terminons en signalant qu’Ahmed Touili ne s’est pas contenté de nous faire connaître des figures marquantes de notre pays, mais a évoqué, pour nous, certains événements importants qui se sont produits en Tunisie ou dans le monde tels le congrès de la musique arabe du Caire (1932) ou la fondation de la Rachidiya (1934) ou le voyage de Naceur Bey en France, en 1912 etc…

Conclusion : un ouvrage à lire, absolument !

Moncef CHARFEDDINE
Tunis-Hebdo du 22/10/2018

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