A trop vouloir s’asseoir sur deux chaises, on se trouve entre deux...

A trop vouloir s’asseoir sur deux chaises, on se trouve entre deux feux

Par - Tunis-Hebdo
La position d’Attayar Démocratique par rapport au rapport de la COLIBE, notamment la présentation d’un projet de loi concernant l’égalité successorale, qui fait couler encore beaucoup d’encre, laisse perplexe. Le parti n’a ni appuyé ni discrédité ladite proposition, face à un soutien solide de Mohamed Abbou et un silence presque coupable de Samia Abbou.

Cette position a poussé certains à accuser le parti d’être assis sur deux chaises : celle des progressistes et celle des conservateurs, et ce, afin de gratter des sympathisants et des futurs électeurs des deux côtés. Seulement, le parti se trouve entre deux feux : celui des islamistes qui n’ont pas accepté qu’Attayar ne dénonce pas catégoriquement la proposition faite par Béji Caïd Essebsi le 13 août, à l’occasion de la fête de la femme, et celui des progressistes qui n’ont pas toléré que le parti laisse planer le doute sur sa position.

Un communiqué fade

Deux jours après que le Président de la République eût fait sa proposition de soumettre l’égalité successorale en tant que projet de loi à l’ARP, Attayar Démocratique a publié un communiqué sur cette affaire qui a divisé le pays en deux. Le Courant démocratique a appelé à « laisser la question des droits et libertés en dehors des tiraillements politiques et des calculs électoralistes, afin de ne pas détourner les Tunisiens et les Tunisiennes de leurs vraies préoccupations’’.

Et de poursuivre « un dialogue généralisé et sérieux, sans exclusion ni marginalisation, pour débattre des questions polémiques sur les réformes en rapport avec les libertés individuelles et l’égalité. Sur la base des dispositions de la Constitution et des standards internationaux, tout en tenant compte des spécificités culturelles et religieuses des Tunisiens », mettant en garde contre le risque d’entraîner le pays vers de fausses luttes idéologiques et appelant à éviter la bipolarisation.

Après cette longue introduction, le parti a rappelé sa position de principe, à savoir « asseoir le système successoral sur le principe de l’égalité en héritage comme une règle générale, mais en laissant la possibilité de choisir librement l’application des dispositions actuelles du Code du statut personnel en matière d’héritage ».

Sauf que, et afin d’éviter un schisme selon le parti, Attayar dit « ne pas avoir d’objection à ce que le peuple tunisien ait l’opportunité de se prononcer souverainement par rapport à cette question par le mécanisme du référendum ».
Pour résumer, le parti appuie l’égalité, mais n’est pas contre qu’on la bafoue au nom de la souveraineté de la décision du peuple.

M. Abbou sauve la face, S. Abbou aux abonnés absents

Un jour après la publication de ce communiqué pour le moins indécis face à la question de l’héritage, Mohamed Abbou, fondateur et dirigeant du parti, a publié sur sa page officielle facebook sa position concernant cette affaire et les critiques dont Attayar a fait l’objet. Il a affirmé que le parti « respecte notre peuple, travaille pour son bien, pour le conscient et l’inconscient, ceux de gauche comme ceux de droite, les conservateurs et le progressistes, les intéressés par la politique et les désintéressés, mais ne tombe jamais dans le populisme ».

Et de poursuivre : « Nous respectons notre peuple et sa volonté quand il vote pour certains responsables, même si nous considérons cela comme un choix désastreux, mais nous ne sommes pas de ceux qui croient que le peuple a toujours raison ».

La position de Mohamed Abbou est claire et elle est en faveur de la proposition de Béji Caïd Essebsi, mais le fondateur d’Attayar a voulu encore dissiper les doutes en rajoutant : « Le monde islamique est en retard car les musulmans sont vaincus moralement et culturellement avant de l’être militairement et économiquement. Ils veulent parfois résoudre les questions en rapport avec les affaires publiques avec un traitement religieux ».

Et comme si sa position n’était pas claire et nette, il a pris l’exemple de la Turquie, affirmant que « les islamistes tunisiens montrent l’exemple de la Turquie comme étant le seul Etat islamique développé, gouverné par un parti avec une référence islamique, mais oublient qu’il s’agit d’un pays laïc ».

En contre partie, le fer de lance du parti, la députée Samia Abbou, qui, généralement, ne laisse passer aucune opportunité pour faire entendre sa voix et sa position, n’a pas daigné réagir à cette affaire. Le silence de madame Abbou, elle qui ne se tait jamais, a été considéré comme coupable.

Elle n’a pas attaqué la proposition de BCE, elle qui adore contrer toute décision du Président de la République, mais elle n’a pas non plus critiqué cette proposition et s’aligner avec Ennahdha et les islamistes, elle qui s’est presque toujours rangée de leur côté dans ce genre d’affaires.

Le revers de la médaille

En empruntant le chemin du ni oui, ni non, Attayar Démocratique espérait ne pas offenser sa masse électorale, qui se compose de progressistes comme de conservateurs, et pourquoi pas gratter quelques voix de chez les deux pôles. Sauf qu’en voulant s’asseoir sur les deux chaises, le parti s’est trouvé face à deux feux.

D’un côté, les islamistes sympathisants du parti l’ont attaqué de toute part, affirmant qu’il n’a pas défendu la religion et qu’il s’est rangé du côté des laïcs. De l’autre côté, les progressistes sympathisants du parti qui ont vu en sa position un alignement caché à celle des islamistes.

Meher KACEM
Tunis-Hebdo du 27-08-2018

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