Madagascar, « zitoun » et pain blanc

Madagascar, « zitoun » et pain blanc

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Tunis dans les années 60 | CP : tunisie.co

Parfois, le déclic peut provenir d’une assiette dans laquelle baignent quelques olives. Ces olives sont noires, brillantes et très petites. Leur goût est légèrement acidulé et, malgré leur taille, elles sont plutôt charnues.

Ces quelques olives ont vite fait de me renvoyer vers les années soixante, du côté de Madagascar. Le nom est exotique mais nous sommes en plein dans Tunis, quartier du port, juste derrière la gare du TGM. De manière incongrue, le terme Madagascar qui désigne ce quartier est né de la déformation de Madame Gaspard, une veuve de guerre qui, dit-on, tenait une petite gargote.

Nous voici donc à Madagascar, autour de 1965. A peine dépassée la gare, c’était l’appel du grand large. Des mouettes, de petites barques, des flamants roses et le petit peuple de Tunis. Dans ces parages, des ambulants vendaient des pains tabouna avec des olives. Ce sont exactement les mêmes olives noires que nous achetions dans des cornets. Le petit pain valait dix millimes et un « dourou » suffisait pour les olives noires.

Depuis, ces olives sont inséparables de Madagascar ! Quant au pain qui allait avec, il me renvoie à d’autres petits pains blancs qu’il nous arrivait d’acheter au sortir de l’école ou du cinéma. Ces petits pains étaient délicieux, croustillants et vendus avec du fromage fondu. Ils ne valaient que dix millimes et étaient présentés dans des paniers de jonc tressé. Les écoliers en raffolaient et, partout dans Tunis, des revendeurs les attendaient au seuil de leur établissement.

Tout cela me fait songer à nos sacro-saints goûters qu’il fallait transporter dans son cartable, entre livres, cahiers et plumiers. C’était le bon vieux temps du chocolat Allal, des tartines au beurre et à la confiture et autres dentelles qui nourrissaient leur écolier. Elève aux Maristes de la rue d’Algérie, je garde comme tous mes camarades le souvenir de monsieur Durand et son petit cagibi niché sous les escaliers de la grande cour, à l’ombre des platanes.

Chez Durand, c’était pain au chocolat, croissants et « schnek ». J’adore ce mot qui désigne les petits pains au lait et qui me semble dériver de l’anglais « snack ». C’était aussi bonbons à la menthe et autres friandises d’écolier. Dans la cour, à l’heure de la récré, ça jouait à tout va : pour les uns, c’était les billes ou les toupies ; pour les autres, ça allait des courses à en perdre haleine au football qu’on jouait dans des périmètres minuscules.

Les jeux d’enfants, c’est comme un univers incompréhensible où le virtuel l’emporte de loin sur la réalité. Superman, Blek ou Zembla ciruclaient dans la cour parmi les potaches. Des héros de papier habitaient de sages enfants et la clameur des gosses montait comme une prière vers le ciel. Seule la sonnerie qui annonçait la fin de la récré ramenait les élèves vers leurs livres et cahiers.

Vraiment, ces dix minutes hors de la classe avaient des saveurs d’éternité et aussi le goût des petits pains blancs et de ces savoureuses olives noires…

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