La corruption au cœur de tous les maux du pays

Tribune | Par Wael Mejrissi

Sept ans sont déjà passé et la vie est toujours aussi rude pour le citoyen lambda. Ce qui a été appelé la Révolution du jasmin a finalement laissé place à une immense désillusion tant la situation économique et sociale est calamiteuse.

Ben Ali est parti mais la corruption massive est toujours là et bien là. Les matins ressemblent à ceux d’une gueule de bois après une longue nuit d’ivresse. Les années passent mais le quotidien dur parfois acerbe répond toujours présent et la patience du citoyen, après 24 ans de despotisme n’a été que trop mise à contribution.

Les hommes et femmes politiques passent et se ressemblent sans que cela n’apporte de réel changement dans l’existence du citoyen sinon une vie toujours plus chère, une santé en pleine déliquescence, une corruption qui ne se cache même plus et un chômage devenu le décor incontournable du pays.

La faute à qui ? Ou plutôt à quoi ? Rien ne sert de cibler nommément des personnes. La responsabilité politique est collective car depuis le départ du président déchu, rien n’a été fait pour endiguer le phénomène de la corruption dont les formes sont variées, sournoises et presque admises de tous en raison d’une dictature de plus de 20 ans qui a imposé ce mode gestion de l’économie.

Sauf que la peuple s’est réveillé le 14 janvier 2011 pour dire stop ! La corruption aujourd’hui est coupable de bon nombre de maux si ce n’est de tous les maux de la société tunisienne. L’efficacité de la dépense publique est un concept encore lointain de notre pays.

Pourtant elle présente de nombreuses vertus comme celle de vérifier si elle est bien au service de l’intérêt supérieur de la nation. Or le régime politique tunisien ne semble pas préoccupé par ce fléau qui ronge le pays de l’intérieur et l’asservit à l’extérieur par des prêts pharaoniques auxquels il souscrit sans se soucier de leurs remboursements.

La corruption coûte chaque année plus de 4 points de croissance sachant qu’un point de croissance permet la création de 40.000 emplois. Annuellement la corruption et la mauvaise gestion des deniers publics coûtent à l’Etat 2000 millions de dinars.

Ce trésor de guerre permettrait à lui seul de financer trois aéroports, 70 lycées secondaires, 20 ports de pêche, et 500 kms d’autoroutes. Des données révélées par Chawki Tabib et qui donnent un ordre de grandeur de cette débauche financière que traverse la Tunisie.

Les fonds publics existent mais parce que mal gérés risquent de faire sombrer le pays dans une crise de la dette sans précédent et visiblement les gouvernements successifs s’accommodent volontiers de ce désordre financier.

Ce mal absolu qui aliène les âmes et les consciences détruit tout sur son passage et s’invite dans toutes les sphères de la société. Il opère du ministère le plus influent à la municipalité de la région la plus reculée du pays.

Le douanier qui moyennant un bakchich facilite l’entrée de produits électroménagers n’a pas conscience qu’il tue le commerçant local. Tout comme le maire qui pénalise sans le savoir la municipalité qu’il dirige par la mise en place d’un système clientéliste de distributions de marchés publics, et chassant de facto les compétences locales les plus utiles au développement de sa ville et c’est ainsi qu’est gérée toute la Tunisie.

La corruption est partout tout le temps et personne ne semble comprendre que ce virus est la cause profonde du sous-développement dans lequel s’enfonce peu à peu notre société.

L’hémorragie financière dont souffre la gestion des fonds publics nous rend chaque jour plus dépendants des instances internationales qui financent non pas les investissements de demain mais nos simples dépenses de fonctionnement privant ainsi le peuple de ses aspirations d’élévation et de justice sociale.

Seul l’avenir nous dira si l’orientation que prend le navire Tunisie entrera ou non en collision avec l’iceberg qui semble déjà bien engagé dans sa direction…

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