Aperçu d’Aïn-Draham

Aperçu d’Aïn-Draham

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Tribune | Par Olivier-Jamil Clément – Historien, entrepreneur social et modérateur du Groupe Facebook Mémoire d’une chéchia – Tunisie
Vue générale d’Aïn-Draham. Cartes postales anciennes (diptyque). Cliché Comte Abel. Coll. G. Castelli, n°9.-10. Vers 1910.

Aïn-Draham est une petite ville de montagne appartenant au gouvernorat de Jendouba. C’est devenu une municipalité et le chef-lieu d’une délégation.

Le climat d’Aïn-Draham est très humide et montagnard. Il n’est pas rare d’y voir tomber de la neige en hiver. Les sources y sont abondantes.

La ville comptait 1180 habitants en 1900 (d’après le répertoire des communes), 600 en 1912 (Dictionnaire Lambert), dont 250 français, 9659 en 2014, alors que la délégation en a aujourd’hui 35400 environ.

Située au milieu d’une immense forêt, dans une clairière, on y pratique la chasse, notamment au sanglier.

Aïn-Draham est à l’origine une base militaire francaise avec un médecin (militaire) et un dispensaire. C’était le 3e choix des soldats après Fernana et Mzaret Essardouk. Les zouaves de jadis ont marqué de leur empreinte le paysage en construisant des fontaines dans la forêt.

Aïn-Draham était autrefois un centre de services et de colonisation. Les maisons étaient tout d’abord construites en bois, avec des toits en pente, puis en pierre. Il y a une rue principale. Il y avait une petite église catholique à Ain-Draham et un marabout.

Et divers services administratifs : un bureau de poste en service dès le début des années 1900, avec le télégraphe et le téléphone, des services judiciaires sous la forme d’une audience foraine de Justice de Paix deux fois par mois en 1912 (!), un huissier, une brigade de gendarmerie, un poste de police, un camp militaire nommé Camp de la Santé dont on a déjà parlé, une recette municipale, une inspection des eaux et forêts et un conducteur des ponts et chaussées.

Celui qui veut comprendre la construction des routes goudronnées et le développement de l’automobile en Tunisie doit contempler les cartes postales anciennes d’Aïn-Draham, qui documentent remarquablement ce phénomène.

L’économie d’Aïn-Draham est marquée par l’exploitation du chêne-liège dit « liège de reproduction » dont on voit les étapes de la production (récolte de l’écorce et séchage) à travers les cartes postales anciennes. Les ouvriers ne gagnaient pas beaucoup d’argent en travaillant pour cette industrie.

La région d’Ain-Draham est très pauvre. Il y avait même des gourbis autrefois à cet endroit. C’est devenu une terre d’émigration. Cela pourrait fournir des arguments à ceux qui sont contre la colonisation car les habitants de la région qui étaient des nomades vivant dans des tribus ont été totalement dépossédés de leurs terres et exploités.

Aïn-Draham était réputé pour son marché ou souk hebdomadaire. Il existe une magnifique photographie du photographe Albert de Tunis de ce marché dans les années 1890. On pratiquait dans la région l’élevage, de moutons, de bovins et même de cochons au temps de la colonisation.

Le village est devenu au début des années 1900 un centre d’excursions et de promenades en forêt très réputé. Il y a eu de nombreux hôtels, restaurants et pensions. Un seul hôtel existe encore aujourd’hui.

Dans les années 1930 Aïn-Draham est devenu une « station touristique polyvalente ». En 1982 on a essayé pour des raisons politiques d’en faire un centre de tourisme de masse en reliant le site à la mer.

On a construit à Aïn-Draham dans les années 1910 et 1920 des écoles avec internats et des colonies de vacances pour les enfants des fonctionnaires. C’est un haut lieu du scoutisme en Tunisie (Camp du Gymnase).

Beaucoup de Tunisiens et de touristes maghrébins ou non sont allés à Aïn-Draham et en gardent un souvenir charmant. Mais au cours du temps les modes de vie et de consommation ont changé. Le tourisme de randonnée simple n’est plus à la mode du jour.

Le village d’Aïn-Draham a encore beaucoup d’atouts sur le marché touristique intérieur et international en matière d’écotourisme, de vacances actives, de tourisme sportif et de thermalisme.

Beaucoup de touristes algériens aiment passer des vacances ou les fêtes de fin d’année en famille dans la région d’Aïn-Draham en Tunisie, cela constitue une importante niche de marché à exploiter. Une mise à niveau, une adaptation aux exigences du marché et un effort de communication sont cependant nécessaires.

Que dire de plus d’Aïn-Draham si ce n’est d’aller le visiter et découvrir ses richesses ?

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Album photo dédié à Aïn-Draham du groupe Facebook Mémoire d’une chéchia Tunisie – ذاكرة شاشية

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