Hussein Fahmy et le temps qui passe…

Hussein Fahmy et le temps qui passe…

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Hussein Fahmy était à Tunis, j’ai donc pu réaliser un rêve d’adolescente et le rencontrer.

Je voulais lui faire une interview, j’avais préparé mes questions et suis allée au RDV qu’il m’avait fixé. Je connaissais l’acteur, j’avais grandi avec ses films. Je pense d’ailleurs les connaître tous. Je me faisais une certaine idée de Hussein Fahmy et en le rencontrant, j’ai pu me rendre compte à quel point il était différent de cette idée. J’ai eu l’occasion de faire la connaissance de l’homme. Et j’en ai été ravie.

Hussein Fahmy
Hussein Fahmy

Peut-être bien que Hussein Fahmy a été toute sa vie victime de son image. Il était tellement bel homme qu’on s’arrêtait à cette image sans creuser plus loin. Et la réalité est autre.

J’ai découvert un homme parfaitement trilingue, très érudit, avec une grande culture générale… La discussion avec lui était tellement intéressante que j’ai préféré ne pas suivre scrupuleusement les questions que j’avais préparées et le suivre dans ses pensées, ses souvenirs et ses projets… Discuter avec lui, argumenter parfois, mais d’autres fois lui raconter aussi la Tunisie. Ce n’était plus une interview, mais une discussion avec un homme très charmant, très souriant, et qui n’arrêtait pas de rire et de plaisanter.

Avant de venir, j’ai essayé d’éplucher Internet pour connaître vos derniers travaux et avoir un peu plus de renseignements sur vous. Mais j’ai constaté qu’en fait, l’énorme majorité des articles qui vous sont consacrés, concernent vos six mariages et divorces et tous vos différends et procès avec vos ex-femmes.

Il est parti d’un grand éclat de rire.

Oui malheureusement. On travaille, on travaille, on accomplit des choses et finalement les gens ne retiennent que les mariages et les divorces, c’est apparemment la seule chose qui intéresse le public!

Encore un rire.  En fait, il a beaucoup rit lors de cet entretien. Hussein Fahmy est un homme joyeux et sympathique.

Cela n’a donc pas été facile. Heureusement que j’ai trouvé une émission dont vous aviez été l’invité dernièrement. Et sincèrement, je pense vous avoir découvert à travers cette émission. J’ai du moins découvert Hussein Fahmy l’homme et non pas l’acteur, un homme très érudit, très curieux, aimant beaucoup l’Art….

Grand éclat de rire.

Pourquoi, tu pensais trouver un vieil homme démodé et dépassé?

J’aime en effet beaucoup la lecture, je lis énormément, j’adore acheter des livres. Et pas seulement les livres qui se rapportent au cinéma, non non, je lis de tout, je lis des livres sur la politique, la sociologie, la philosophie, la psychanalyse… J’aime vraiment beaucoup la lecture.

J’aime aussi les voyages, j’aime l’Opéra, j’aime visiter les musées, je suis très curieux… J’aime la vie.

Je pense qu’il y a deux points dans le temps: le jour de la naissance et le jour de la mort. Entre les deux, il n’y a pas d’âge, il y a une vie. Ces deux dates sont certifiées par des officiers d’état civil qui attestent la naissance ou la mort. Mais entre ces deux attestations où il y a plein de chiffres, la vie est Une. Une vie qui a un début et une fin, mais qui est constante. Je refuse que l’on compte en années ou autre. Il y a juste une vie, on n’en a qu’une seule et il faut essayer de la vivre du mieux que l’on peut. La vivre pleinement, avec tous ses bas et ses hauts. Parce que telle est la vie!

A propos de temps, vous êtes justement à Tunis pour enregistrer un épisode de votre émission Zaman (Temps) qui passe sur la chaîne de télévision Al Ghadd. Pouvez-vous nous en dire plus?

Cette émission est en même temps culturelle, sociologique et politique, et si cela n’avait pas été le cas, je pense que je n’y aurais pas été à mon aise. J’y parle du temps et de l’expérience du temps. C’est un sujet qui me tracassait ou m’intéressait depuis que j’étais jeune. Qu’est donc le temps? Est-ce que nous bougeons dans le temps? Est-ce que le temps est statique et c’est nous qui nous mouvons en son sein ou est-ce que le temps est mobile et nous qui sommes statiques? Ces questions me préoccupaient depuis toujours. Je tenais à en parler, parce que je pense qu’en fin de compte le temps finit par gagner. C’est lui le vainqueur. Nous ne pouvons pas arrêter le temps.

J’avais rencontré Abdellatif Mannawi et nous avions parlé de ce sujet qui m’intéressait: qu’est le temps? Où est-ce que le temps nous emmène? Nous avions parlé du passé et du présent. Où étions-nous et où sommes-nous arrivés? Alors nous avons décidé d’en faire une émission, un programme pan-arabe qui se promène d’un pays arabe à un autre et qui, à travers des sujets très divers, essaye de savoir ce que le temps a fait à ces pays. Il y a énormément de capitales que je voudrais d’ailleurs visiter, comme Ramallah, Bagdad, Damas. Ces pays ont subi tellement de changements qu’il serait intéressant d’aller voir ce que le temps leur a fait.

L’émission ne se passe pas en studio, nous allons d’un endroit à un autre, nous traitons de sujets divers, nous interrogeons les gens. Nous voyageons, nous allons à la rencontre des gens dans des pays arabes différents. Nous essayons de voir où nous étions et où nous sommes arrivés. Le programme est très dynamique. Nous avons un scénario prêt pour chaque épisode mais parfois nous avons des idées qui jaillissent lorsque nous allons sur place, donc nous changeons, nous adaptons. Le programme aussi bouge dans ce sens. En fin de compte, on peut dire que cette émission est semi-documentaire.

Pourquoi avoir choisi la Tunisie?

C’est un pays que j’aime, j’y suis venu très souvent. Je l’ai visité en entier. J’y ai tourné plusieurs films, à Sousse, à Monastir, à Tunis…. J’ai assisté à plusieurs éditions des JCC. J’ai donné plusieurs représentations de ma pièce «Ahlan ya bakawette» à Carthage, à Sfax, Hammamet…

Le programme parle du temps, du temps dans les pays arabes, ce que le temps a fait à nos pays arabes, et la Tunisie est parmi ces pays. Je voulais parler de trois sujets en particulier en Tunisie:

1 – Le tourisme, parce que c’est un sujet très important en Tunisie. J’ai voulu parler des conséquences de la révolution sur le tourisme, surtout après les attentas qu’il y a eu chez vous. J’ai tourné dans plusieurs endroits, comme Sidi Bou Saïd et Bizerte, j’ai parlé avec des gens….

2 – L’avenue Habib Bourguiba, avenue très importante, avec une grande histoire. J’ai voulu parler de cette avenue, de son importance, de ses anciens cafés culturels qui étaient très importants et qui ont disparus aujourd’hui. Je voulais aussi parler du rôle cette avenue, ce qu’il s’y était passé.

Et j’ai voulu aussi parler de Habib Bourguiba en lui-même, un grand homme et un leader très important. Il a d’ailleurs vécu en Egypte pendant des années. Il a aussi été un grand ami à mon père. Lorsque j’étais venu en Tunisie, je m’étais présenté à lui, je lui avais dit qui était mon père, il m’avait pris dans ses bras et m’avait dit: «tu es le fils de mon très cher ami, mon frère». Il m’avait très bien reçu. Je voulais donc parler de Habib Bourguiba, dire qui il était.

Hussein Fahmy - La folie de l'amour
Hussein Fahmy – La folie de l’amour

Lorsque par exemple je suis venu tourner le film «Gounoun El Hobb» (La folie de l’amour) en 1977 à Sousse avec Nagla Fathy et le petit Khaled Abol Naga, Habib Bourguiba était à Monastir, c’était pendant la période de son anniversaire, et il nous avait invités à diner au Palais, Nagla et moi. 

J’ai fait beaucoup de films avec Nagla Fathy, c’est une femme très bien que j’aime beaucoup. Une très grande artiste, une bonne amie avec laquelle je suis encore en relation.

3 – La femme tunisienne et ses acquis. Est-ce que les droits de la femme tunisienne ont été préservés, ont-ils progressé ou régressé? Et à priori, d’après ce qu’on m’a dit, les droits de la femme tunisienne ont progressé dans les textes, mais dans la vie quotidienne ils ont régressé effectivement, avec une recrudescence de la violence contre les femmes, des cas de harcèlements et de viols. Des sujets que vous pensiez clos reviennent sur le tapis, comme la polygamie par exemple.

J’ai été au parlement, j’ai parlé avec une députée de l’opposition et avec un type bizarre qui était vendeur de légumes et qui se prend pour un sheikh (Adel Ilmi). Il dit des choses illogiques. Mais c’est intéressant parce que ce qu’il dit est à l’opposé de ce qu’a dit la députée. Nous avons discuté, il a donné son opinion sur la polygamie et ses prétendus bienfaits, comme la prévention de certains cancers chez la femme. Je sais que ce qu’il a dit est du non sens et du n’importe quoi (kalam feregh), mais c’est intéressant de l’opposer à ce qu’a dit la députée. J’ai aussi interrogé d’autres femmes. J’ai essayé d’écouter et d’avoir des avis très différents.

A propos de droits de femmes, vous aviez tourné, en 1980, un film sur le divorce où la Tunisie est expressément citée en tant qu’exemple à suivre. Dans ce film, vous jouiez un mari qui après dix ans de mariage, demande le divorce alors qu’il n’avait rien à reprocher à son épouse. Cette dernière va se rebeller et lui intenter un procès. Elle refuse ce divorce qu’elle considère injuste puisqu’elle n’avait commis aucune faute pour être punie de la sorte. Commence alors une longue procédure auprès du tribunal, avec beaucoup de débats….

Désolée, je refuse le divorce
Hussein Fahmy – Désolée, je refuse le divorce

En effet, il s’agit du film «Assifa, arfoudhou ettalaq» (Désolée, je refuse le divorce) avec Mervet Amin. C’était un très beau film. L’idée était très bonne. Je voulais qu’on permette dans ce film au mari de divorcer juste parce qu’il ne voulait plus vivre avec cette femme. Mais Nadia Rashad, auteure de cette histoire, avait insisté pour qu’il y ait une autre femme comme si lorsqu’un homme demande le divorce, c’est toujours et obligatoirement parce qu’il y a une autre femme dans sa vie. Je voulais que ce film montre qu’on peut divorcer sans raisons: je ne suis pas heureux dans ce mariage, je veux divorcer. Je pense qu’une personne, homme ou femme, a le droit de demander le divorce sans avoir à donner une raison ou à se justifier. Pourquoi est-ce que dans nos films il faut toujours qu’on ne demande le divorce que parce qu’il y a une troisième personne? Le film aurait été plus intéressant sans ce motif.

Justement, c’est ce que chez nous, en Tunisie, nous appelons le divorce caprice. Chacun des deux conjoints a le droit de demander le divorce, sans avoir à se justifier ni à prouver un préjudice quelconque. Mais bien sûr, dans ce cas, on considère que l’autre conjoint est lésé et a donc droit à une indemnisation.

Ah oui ? Je suis tout à fait d’accord. D’ailleurs en Egypte, on a trouvé quelque chose dans l’Islam qui permet à la femme de demander le divorce sans donner de raisons, c’est le Khol3, et j’approuve cela totalement.

On ne vit qu’une seule et unique fois et on se doit d’être heureux, donc pourquoi se retrouver coincé dans un mariage dont on ne veut plus? Je pense qu’on devrait pouvoir partir sans avoir à se justifier.

A mon avis, ce film aurait été plus intéressant si on n’avait pas ajouté cette femme pour laquelle le mari voulait divorcer. Il faut qu’un film ait de la valeur. Je pense que l’intérêt d’un film est qu’il pousse à la réflexion et au questionnement, qu’il suscite la discussion. Sinon à quoi sert-il? J’aime lorsque je regarde un film, pouvoir en discuter après. Dans ce film, qu’y a-t-il à discuter si on nous montre un homme qui veut se séparer de sa femme parce qu’il en aime une autre? Trop classique.

Je pense que c’est parce que dans ce film, le plus important n’est pas le mari, mais c’est l’épouse.  On essayait de démontrer que la demande du mari était injuste envers l’épouse puisqu’elle n’avait commis aucune faute, qu’elle était aimante, s’occupait bien de son intérieur…

Oui, c’est vrai. Le sujet de ce film est l’épouse. Et on essayait de faire réfléchir sur l’injustice d’un tel divorce, quoi que je reste quand même sur ma position: chacun doit pouvoir partir lorsqu’il le souhaite, même si l’autre est lésé, même si c’est injuste.

J’aime lorsqu’un film suscite la réflexion. J’aime le bon cinéma.

Et que pensez-vous du cinéma égyptien actuel? Est-ce du bon cinéma?

Aujourd’hui c’est formidable. Il y a eu une telle avancée technologique! Les nouvelles caméras, les nouveaux systèmes de son, les couleurs, les tables de montage remplacées par des ordinateurs…. Vraiment j’envie cette génération qui dispose de tels moyens qui n’existaient pas de mon temps. Pour cette émission, nos utilisons toute cette nouvelle technologie qui donne des résultats bien plus beaux.

J’ai d’ailleurs fait un épisode de Zamen sur le cinéma, j’ai filmé les anciennes et les nouvelles caméras et divers autres appareils, j’ai montré comment nous travaillions de mon temps et l’avancée technologique qui existe aujourd’hui et qui permet de filmer plus facilement avec une excellente qualité d’image. On peut incruster des images, corriger des couleurs, faire des trucages…

Sans oublier toutes ces nouvelles caméras qui permettent de faire des films sans grands moyens financiers. Aujourd’hui, on peut même faire des films avec des portables. C’est incroyable, il y a même des festivals de films tournés avec des téléphones mobiles !

Dans un des épisodes de mon émission, j’ai interviewé un jeune producteur, Mohamed Hefzy, un des pionniers du cinéma indépendant égyptien. Sa première expérience de film indépendant a été le film «Microphone» d’Ahmed Abdallah (Tanit d’Or aux Journées Cinématographiques de Carthage en 2010). Ils avaient tourné avec des moyens limités et une technique nouvelle. Cela leur a permit d’être plus libres, de faire quelque chose de différent…

Pour ce qui est des idées, nous avons des jeunes qui font de très beaux films, parfois avec des budgets très limités. Ils traitent de sujets très intéressants, et avec ces nouvelles technologies, ils arrivent à avoir de très belles images. Ils vont avec dans les festivals. Et arrivent à gagner des prix. Ce ne sont pas des films commerciaux, ce ne sont pas des superproductions, mais il y a des idées, il y a une réflexion, quelque chose que ces jeunes présentent, un point de vue, des opinions… C’est quelque chose de très beau. J’aime beaucoup ces jeunes et je vais voir leurs films.  

Il y a aussi en Egypte ce qu’on appelle le cinéma commercial, mais ce n’est pas très intéressant. Je préfère les films d’auteurs, qui incitent à la réflexion. C’est une qualité de ce cinéma des jeunes.

Donc est-ce que vous encouragez ces jeunes?

Bien sur, tout à fait. J’ai été professeur de mise en scène pendant douze ans, j’adorais mes étudiants! Aujourd’hui, plusieurs de ces jeunes cinéastes étaient mes étudiants. J’aime les jeunes. J’ai adoré le cinéma, et donc je suis heureux de cela.

Les jeunes d’aujourd’hui ont eu une chance que nous n’avons pas eue. Nous avons essayé de mon temps de faire des films, même avec nos moyens technologiques limités, et je dois dire que nous avons fait de bons films.

Personnellement, j’ai n’ai jamais fais de concessions, je faisais toujours des films avec des idées, des opinions, je n’ai jamais fait de films commerciaux, ni les films qu’on appelle «d’entrepreneurs» (mou9awlet). Je suis donc fier de mon passé artistique. Je le respecte parce qu’il est respectable, il n’y a rien de bas de gamme ou en dessous du niveau dans lequel les spectateurs auraient voulu me voir.

Méfie-toi de Zouzou
Hussein Fahmy – Méfie-toi de Zouzou

J’ai toujours veillé à faire des films intéressants. Même si parfois certains spectateurs ne l’avaient pas compris. Si on prend le film «Khalli balek min Zouzou» (Méfie-toi de Zouzou) par exemple, nombreux ont été ceux qui l’ont pris comme un film léger, avec une danseuse et Souad Hosny qui chante. Mais d’autres ont compris le film, parce que ce n’est pas cela du tout, c’est un film profond. Cette fille était une étudiante, et lorsqu’on a su que sa mère était danseuse, on a voulu la renvoyer de la faculté. C’est inspiré d’une histoire vraie, et qui peut arriver encore de nos jours. Il s’agit de préjugés et d’intolérance pas seulement de chants et danses.

Pourquoi avez-vous laissé tomber le cinéma pour la télévision?

Parce qu’on ne me proposait plus de rôles intéressants au cinéma, mais on m’en proposait de très bons à la TV, comme par exemple dans le feuilleton «Wech tani» (L’autre visage) que j’ai tourné avec Karim Abdelaziz. J’y jouais un mafioso, rôle que je n’avais jamais joué auparavant. C’était nouveau. C’était très très intéressant pour moi. Surtout à mon âge! Ou par exemple, dans le feuilleton «Echared» (Le distrait) où je jouais un homme qui souffre d’Alzheimer et qui va petit à petit tout oublier, y compris qui il est lui-même. C’était très intéressant, un rôle difficile à jouer. Très épuisant aussi.

Par ailleurs les feuilletons égyptiens ont beaucoup évolué. Surtout techniquement. Ils sont très bien faits. Prenez par exemple le feuilleton de Ramadan dernier «Grand Hôtel», c’est un très beau feuilleton, sur tous les plans! D’ailleurs de nos jours, même les cinéastes font des feuilletons!

Cette année les JCC vont rendre un hommage à Youssef Chahine, vous avez tourné avec lui le film «Alexandrie, encore et toujours», avez-vous des anecdotes à raconter?

Youssef Chahine a été mon professeur pendant quatre ans, et à part le fait que nous étions étudiant et professeur, nous étions très amis.

Pendant le tournage du film «Iskanderia kaman w kaman» (Alexandrie, encore et toujours), je lui disais tout le temps que s’il m’arrivait quelque chose, il en serait le responsable. Dalida avait tourné avec lui le film «Le Sixième jour» en 1986 et avait fini par se suicider en 1987. Je disais aux membres de l’équipe: «Dites à mes héritiers que j’ai été tué et que c’est lui le responsable». Il était très exigeant, il nous épuisait. Il essayait de tirer de nous le maximum. Et j’aimais cela parce que grâce à lui, j’apprenais beaucoup.

Youssef Chahine aimait beaucoup son travail et adorait le cinéma, il était très actif, très flamboyant, très dynamique, plein de vivacité. Je voulais être au même niveau que lui et avec lui. Je le suivais, mais c’était vraiment très épuisant. Il était aussi très exigeant, mais j’aime cela. Dans mon travail je suis aussi très exigeant, j’ai appris cela de lui. Il arrivait à faire en sorte de sortir ce qu’il y a de mieux en nous. Il travaillait vraiment. J’ai vraiment beaucoup appris de lui.

Lorsque j’étais étudiant, il tournait un film qui s’appelle «Fagr youm guedide» (L’aube d’un nouveau jour), il nous avait pris, feu Nader Gamal (devenu un très grand metteur en scène) et moi avec lui, et nous faisait travailler. Nous courions d’un endroit à un autre, nous emmenions le film au laboratoire, et avant la projection d’un film, nous allions dans la salle de cinéma, nous amenions des échelles et du savon et nous lavions l’écran pour qu’il soit propre, nous allions vérifier le projecteur… C’est comme cela que nous avions appris le cinéma. C‘est comme cela que nous avons aimé le cinéma.

Vous avez fait vos études de metteur en scène aux USA. Pourquoi ce choix?

J’aimais beaucoup le cinéma, j’aimais les films, et lorsque je demandais: qui est derrière toutes ces belles images ? On me disait: c’est le metteur en scène. Alors j’ai voulu faire le metteur en scène. Je voulais faire ces films et ces images que je voyais.

Vous êtes d’une grande famille aristocratique, est-ce que votre famille a accepté facilement que vous fassiez du cinéma?

Grand éclat de rire.

Ah non. Naturellement c’était très grave. Ma famille a cru que j’étais perdu définitivement. Fichu. Je ne serais ni docteur, ni ingénieur, ni avocat, ni juge… Qu’allais-je être?

Mais ils avaient fini par accepter lorsqu’ils avaient vu que j’avais du succès.

Justement, comment êtes-vous devenu acteur et comment est venu ce succès?

Lorsque je suis rentré des USA, après avoir obtenu un Master of Fine Arts (Maitrise en Beaux Arts), j’ai voulu faire un film, j’ai voulu être metteur en scène, mais on m’a proposé de jouer, de faire l’acteur. Ramsès Naguib m’a fait passer un test et m’a dit que je devais jouer. J’avais hésité, j’avais d’ailleurs demandé son avis à Youssef Chahine, qui m’avait dit d’essayer, que c’était une expérience à tenter. L’expérience est devenue un succès extraordinaire. Et je n’ai pas pu reculer, ils me voulaient tous comme acteur et personne ne voulait de moi, ni comme metteur scène, ni comme distributeur, ni comme producteur, ils ne me voulaient qu’acteur. Ils gagnaient de l’argent avec moi, ils distribuaient les films dans les pays arabes…  Et puis j’ai commencé à avoir des prix comme meilleur acteur et j’ai alors continué. Et hamdoullah.

Merci beaucoup. Ce fut très agréable de vous rencontrer. Je vous souhaite un excellent voyage et j’espère vous revoir bientôt en Tunisie, je vous ferais visiter encore plus et vous ferais découvrir des endroits que vous ne connaissez pas encore.

Le Ministre de la Culture Égyptien remet un Prix d'Honneur à Hussein Fahmy en hommage à toute sa carrière, lors de la 37ème édition du Festival International du Film du Caire en Novembre 2015.
Le Ministre de la Culture Égyptien remet un Prix d’Honneur à Hussein Fahmy en hommage à toute sa carrière, lors de la 37ème édition du Festival International du Film du Caire en Novembre 2015.

Neila Driss

 

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