Tarek Fettiti (UPL) : « Des parties influentes voudraient faire tomber Habib Essid »

P8 Interview TarekTunis Hebdo | Tarek Fettiti, président du bloc parlementaire de l’Union patriotique libre (UPL) revient sur l’adhésion des députés démissionnaires de l’UPL au bloc de Nidaa Tounès, sur l’avenir du parti de Slim Riahi au sein de la Coalition et sur l’éventuelle fusion l’UPL -Al Moubadara.

Après la démission d’Ahlem Kamergi -membre du bureau exécutif du parti- il y a quelques mois déjà, l’UPL connait encore la démission de nouveaux cadres tels que Noureddine Ben Achour, président de son bloc parlementaire et trois autres députés (Youssef Jouini, Ali Belakhoua et Ridha Ghandri). Comment expliquez-vous cette hémorragie ?

Rappelons tout d’abord que ce genre de démissions ne concerne pas seulement l’UPL. Tous les partis ont connu des démissions. Sinon, ces départs ne représentent pas un souci pour nous. Chacun est libre de faire ce qu’il veut. On ne peut pas obliger une personne de rester avec nous, si elle n’en a plus l’envie.

D’ailleurs, le conseil national extraordinaire du parti, qui s’est tenu du 8 au 10 avril 2016 à Hammamet, avait indiqué que l’UPL comptait désormais 12 députés (au lieu de 16, en 2014). C’est pour vous dire que nous assumons ces démissions sans aucun problème.

« Nidaa Tounès nous a poignardé dans le dos… »

Le problème, par contre, réside dans l’adhésion de nos députés démissionnaires au bloc de Nidaa Tounès, ce qui brise l’accord moral et éthique adopté entre les partis de la coalition au pouvoir. Cet accord interdit, en effet, tout «tourisme partisan» entre les partis de la coalition au pouvoir.

Nidaa Tounès, comme tous les autres partis, s’est engagé devant tout le monde à respecter cette règle, mais il n’a pas tenu sa promesse et n’a pas respecté ses engagements –excepté quelques personnalités courageuses, que je salue au passage, tels Fadhel Ben Omrane et Ridha Belhaj qui ont refusé de faire passer cette adhésion-.

Mais sinon, la confiance n’existe plus aujourd’hui entre Nidaa Tounès et nous. Le minimum d’éthique politique n’a pas été assuré. Nidaa Tounès nous a poignardé dans le dos…

« Il est fort probable que nous quittions la Coalition »

Vous avez accusé les députés démissionnaires de l’UPL d’avoir touché une somme d’argent importante en contrepartie de leur adhésion au bloc de Nidaa Tounès. Avez-vous des preuves de ce que vous avancez, surtout que les députés en question ont intenté un procès contre vous pour diffamation ?

Tout ce que je peux vous dire à ce sujet est que j’ai lancé un appel auprès du ministère public pour qu’il ouvre une enquête sur les dessous de leur adhésion au bloc de Nidaa Tounès. Plusieurs autres députés –mis à part nos 4 élus– ont été également approchés douteusement pour rejoindre Nidaa Tounès. J’espère qu’une enquête sera enfin ouverte à ce sujet. En ce qui me concerne, j’assume pleinement ma responsabilité en tout ce que j’ai dit.

Ce malentendu avec Nidaa Tounès vous poussera-t-il à quitter la coalition au pouvoir ?

Je ne vous cache pas qu’il y a une forte possibilité que cela se produise. Le bloc parlementaire et le bureau exécutif de l’UPL se sont réunis, dernièrement, pour prendre cette décision.

Mais cette décision a été retardée car, entre-temps, des personnalités politiques haut-placées et influentes ont intervenues pour nous dissuader de nous retirer de la coalition, vu qu’un tel retrait risque de faire entrer le pays dans une nouvelle crise politique.

Sinon, ce qui est réconfortant pour nous, c’est que les personnes qui nous ont contactés nous ont tous donné raison et condamné Nidaa Tounès, vu qu’elles étaient témoin de l’accord moral conclu par les partis au pouvoir. A partir de là, on ne va pas se précipiter.

On va attendre quelques jours pour voir où nous amèneront les discussions, et à la fin, on va trancher. Mais à l’heure où je vous parle, la décision la plus probable c’est le retrait de la coalition au pouvoir.

En cas de retrait, allez-vous rejoindre l’opposition ou est-ce que vous allez continuer à soutenir le gouvernement Essid ?

Ce sujet est en cours de débat. Sinon, plusieurs facteurs prouvent que ce qui est en train de se passer au sein de la coalition est prémédité et ne vise pas seulement l’UPL, mais aussi Habib Essid. Des parties influentes voudraient, semble-t-il, faire tomber Habib Essid car il n’a pas servi leur agenda… Je ne peux pas vous en dire plus à ce sujet. Les prochains jours nous dévoileront bien des détails.

« Nous sommes dans les toutes dernières phases de la fusion UPL-Al Moubadara »

En cas de départ de la coalition, vous risquez de causer une nouvelle crise politique dans le pays. Etes-vous prêts à assumer une telle responsabilité ?

L’intérêt national est ce qui est de plus cher pour nous. Mais on peut servir aussi l’intérêt national en quittant la coalition. Ce départ sera synonyme de sirène d’alarme pour attirer l’attention sur les problèmes existants.

Où en est la fusion UPL-Al Moubadara, annoncée il y a quelque temps ?

Nous sommes dans les toutes dernières phases de la fusion. On devrait trancher à ce sujet dans les deux prochaines semaines. Les discussions ont pris plus de temps que prévu –trois mois presque–, certes, mais, aujourd’hui, vu que les échéances électorales approchent, nous allons accélérer le rythme car il faut que tout soit réglé le plus tôt possible.

Y a-t-il une guerre de leadership entre Slim Riahi et Kamel Morjane ?

Pas du tout. Les deux hommes ont démontré un oubli de soi impressionnant lors des discussions. Ils n’ont jamais abordé le sujet du leadership, et c’est tout en leur honneur.

Propos recueillis par Slim MESTIRI

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