Le livre, ce mal-aimé des Tunisiens : Pour son retour sur les bancs de l’école

livresTunis Hebdo | Comment réhabiliter le livre aux yeux des Tunisiens qui chiffres à l’appui, entretiennent avec la lecture une relation d’indifférence déplorable ?

Comment atténuer l’impuissance de la famille (pour des raisons socio-économico-culturelles) et de l’école (en raison de l’absence d’une stratégie claire et déterminée à l’égard du livre) à amener chez les enfants et les adolescents ces habitudes de lecture qui font des jeunes générations d’aujourd’hui les lecteurs plus ou moins assidus de demain.

Et comment faire, en même temps, pour que le livre soit à la portée de tous, y compris les masses défavorisées des régions intérieures et des quartiers populaires de nos villes ?

Priorité pour les enfants !

Poser ces questions c’est s’attaquer aux racines des problèmes qui sont à l’origine de cette désaffection du Tunisien à l’égard du livre.

Et s’il faut commencer par traiter le mal au niveau des enfants et des jeunes, c’est pour sauver ce qui peut être sauvé, avant que ne s’installent les conduites d’indifférence, voire de refus, vis-à-vis du livre et de la lecture.

A cet égard, c’est à l’école plus qu’à la famille, dont on sait la situation précaire dominante aux niveaux social, économique et culturel, que revient, à notre avis, la grande tâche de réhabiliter le livre et la lecture aux yeux des enfants et des adolescents. C’est que l’école est l’institution culturelle la plus proche, géographiquement, mentalement et effectivement, du Tunisien.

Ce relais culturel, et éducationnel évidemment, est donc de par sa mission de propager le savoir, donc la culture, et de par cette proximité, outre l’influence qu’il peut exercer sur les esprits, les mentalités et les conduites, le plus habilité à introduire les habitudes de lecture dans les schémas comportementaux des élèves, enfants, adolescents et jeunes confondus. Car le terme « école » signifie, ici, système éducationnel.

La « mère » des activités

Il est donc grand temps que le système éducatif, qui est en train, ces derniers temps, de s’ouvrir sur les activités culturelles prenne le taureau de la lecture par les cornes et adopte une stratégie adéquate à l’égard de cette activité culturelle par excellence, si elle n’est pas la « mère » de ces activités.

Il est grand temps que la lecture reprenne sa place privilégiée au sein des programmes, une place qu’elle a perdue au cours des dernières années de « l’ère Ben Ali » jusqu’à devenir insignifiante, dans un système de « bourrage de crânes » et de fausse course aux diplômes.

Aujourd’hui, et pour élaborer et mener à bien cette stratégie, certains Educateurs pensent même à l’institution, au sein de l’organigramme du ministère de l’éducation, d’une structure chargée de la « lecture-moutelaâ » qui devrait, en premier lieu, revisiter les programmes scolaires en vue de faire sortir la lecture de la marginalité où elle se morfond.

Il s’agira, ensuite, de réhabiliter les bibliothèques scolaires et les bibliothèques de classe, tombées toutes les deux en désuétude. Pour ce , il faudra s’ingénier à répondre, en dehors des budgets limités accordés à l’achat des livres, aux besoins de ces bibliothèques et des élèves.

L’apport du ministère de la Culture, le premier « acheteur de livres » dans le pays, ainsi que celui de la société civile, qui ne manque pas d’idées en la matière, comme nous le verrons dans un prochain article, seront d’une grande aide pour cette stratégie, du moins dans son aspect logistique.

Et les méthodes ?

Quant à l’espace pédagogique, il doit être laissé aux éducateurs avertis et créatifs, toutes catégories confondues, dans le dessein d’imaginer et de mettre en œuvre des méthodes de motivation à la lecture attrayantes et efficaces, à l’instar de celle qui, pendant les années soixante-dix, a vu le jour parmi les programmes d’innovation pédagogique de l’Institut national des sciences de l’éducation et qui a été, après expérimentation et évaluation, transférée au ministère de l’Education.

Malheureusement ce passage a vidé la méthode de son « jus » et il n’est pas interdit de la revisiter aujourd’hui, en vue de l’adapter aux nouvelles réalités pédagogiques du pays.

Clubs de lecture

Même en dehors des programmes, la lecture peut être réhabilitée, et ce, dans le cadre des activités culturelles extrascolaires si chères à notre ministre de l’Education. La création de clubs de lecture et de littérature constituerait un excellent relais aux programmes scolaires, et le ministère aura ainsi payé sa dette vis-à-vis du livre.

Adel LAHMAR

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