Tunisie : Le compromis historique !

Ghannouchi - BCE - RFITunis Hebdo | La réconciliation nationale refait surface de manière spectaculaire ces derniers temps avec la bénédiction et à l’initiative des deux gérontes au pouvoir. Aujourd’hui, et après une période de plus de cinq ans après le 14 janvier 2011, les deux « leaders » semblent s’être accordés sur la nécessité de tourner définitivement la page du passé et d’essayer d’en ouvrir une nouvelle dans l’histoire de la Tunisie.

Si l’on revient à l’après 14 janvier 2011, l’on peut remarquer que les différents acteurs politiques de l’époque avaient surtout pensé à prendre leur revanche sur les anciens caciques du régime déchu, tant sur le plan politique que sur le plan économique.

La diabolisation du RCD

A l’époque, on avait joué sur la fibre sensible des citoyens, leur faisant miroiter une juste sanction à l’encontre de ceux qui les avaient fait souffrir ou avaient largement puisé dans les caisses de l’Etat ou avaient pillé les richesses de la nation, une démarche qui avait une dimension populiste mobilisatrice.

C’est, donc, logiquement que l’on a orienté tous les regards vers la diabolisation du RCD qui a été scellée par sa dissolution ainsi que vers les personnalités qui s’étaient rempli les poches de manière honteuse et surtout indue.

Ces pas ont été franchis soit par le biais de décisions de justice, soit par l’intermédiaire de textes spéciaux concernant notamment la confiscation des biens mal acquis ou la mise à l’écart de la vie politique des anciens du RCD.

Ces premières années furent, donc, mues beaucoup plus par une forme de vengeance que par une vision claire de la position ou du comportement que l’on pouvait avoir du traitement de ces questions qui se posent toujours avec acuité dans des sociétés en transition.

Aucune vision globale de cette question de la réconciliation nationale

De plus, les forces politiques qui avaient gouverné le pays n’avaient pas pu dégager une démarche cohérente pour parvenir à cette nécessaire réconciliation nationale. Les initiatives prises ont été marquées lors de leur concrétisation par une politisation certaine à l’instar du processus de justice transitionnelle confié à l’Instance Vérité et Dignité dont on peut se rappeler les multiples tiraillements qui ont accompagné sa création et les polémiques, engendrées depuis, par son fonctionnement.

Il n’y avait donc aucune vision globale de cette question de la réconciliation nationale, pourtant nécessaire pour permettre au pays de prendre un nouveau départ, empreint de plus de sérénité.

Le populisme, les manipulations médiatiques et politiques, l’extrémisme et la volonté de revanche avaient donc animé à l’époque les diverses formations politiques que ce soit à droite ou à gauche.

Les Islamistes, bras armé des Destouriens

L’aveuglement était donc au pouvoir et l’on se rappelle encore les vociférations, les violentes altercations ou les attaques incessantes et déchaînées dont furent l’objet ces mêmes personnes présentées comme des pilleurs, des tortionnaires, des traîtres, et j’en oublie…

Aujourd’hui, et comme par miracle, on les considère, désormais, comme des gens honnêtes voire parmi les plus vertueux de leur époque !!! Et ceux-là même qui les stigmatisaient, les défendent maintenant soit pour les réintégrer dans le « circuit » des cercles dirigeants, soit pour tenter de les attirer dans leur propre giron.

Si la position du Président de la République peut s’expliquer, lui qui a déjà présenté une initiative de réconciliation ayant une dimension économique pendant l’été dernier, la volte-face des Islamistes peut paraître étonnante.

Mais elle n’est pas aussi surprenante que cela dans la mesure, où pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire, les Islamistes avaient été, à un certain moment, surtout à la fin des années 70, le bras armé des Destouriens dans leur tentative de brimer la gauche dans le milieu universitaire ou syndical.

Rached Ghannouchi évoque une réconciliation globale

Il est évident que la réconciliation nationale est une nécessité historique et qu’elle doit être mise en place dans les plus brefs délais. Elle constitue probablement une urgence comme c’est le cas pour d’autres innombrables questions sociales et économiques, mais elle ne peut être opérée sans une véritable volonté de dépasser le passé y compris le plus récent, et de tourner définitivement la page.

Si le Chef de l’Etat a présenté un projet de réconciliation à caractère économique, Rached Ghannouchi évoque une réconciliation plus globale se rapportant tant aux dimensions économiques que politiques. Il est évident qu’elle doit avoir cette portée générale mais quelle période concernera-t-elle ? Doit-elle s’arrêter au 14 janvier 2011 ? Où faut-il aussi y intégrer la période qui a suivi ?

Si la réconciliation à portée économique ne devrait pas poser beaucoup de problèmes, les aspects à résoudre sont ceux liés à la nécessité de rendre justice aux citoyens qui ont subi des dépassements ou l’arbitraire d’anciennes figures de l’ancien régime parmi les hommes d’affaires ou les responsables, les aspects à caractère politique sont beaucoup plus délicats à aborder.

Les mystères qui entourent les assassinats de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi

Est-ce que l’on peut réellement aboutir à une réconciliation nationale si on n’arrive pas à percer les mystères qui entourent les assassinats de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi ? Peut-on y arriver si on ne parvient pas à connaître toute la vérité sur les artisans et les complicités de ceux qui ont été derrière l’envoi de centaines de nos jeunes dans les fiefs du terrorisme ?

La paix sociale et politique peut être tributaire de la réussite de la mise en place de ce processus. Mais celui-ci ne pourrait être parachevé que si l’on lève réellement le voile sur les zones d’ombre de notre histoire lointaine et récente, et par une forme d’unanimité entre toutes les formations politiques et la société civile, sous forme de compromis historique national, qui ne peut se limiter à deux « Cheikhs » !

L.L.

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