A 1000 dollars le comprimé, des milliers de Tunisiens atteints de l’hépatite C ne peuvent pas bénéficier d’un traitement

Hepatite-C-l-arsenal-des-nouveaux-antiviraux-s-etoffe_large_apimobileL’association Tunisienne de lutte contre les IST/Sida (ATL) et la Coalition Internationale pour l’accès au traitement dans la région MENA dénoncent l’embargo du laboratoire Gilead Sciences à l’encontre de milliers de Tunisiens atteints du virus de l’hépatite C (VHC).

Les deux associations dénoncent dans un communiqué commun, publié mercredi 20 mai, le refus de Gilead de rendre le médicament contre le VHC, le Sofosbuvir, disponible aux malades Tunisiens.

107.000 personnes infectées en Tunisie

[quote_box_center]Cela fait des mois que des milliers de malades attendent désespérément d’avoir accès au Sofosbuvir. Nous n’avons toujours pas vu le moindre geste du laboratoire Gilead pour enregistrer le médicament en Tunisie ni aucune offre de prix qui soit adaptée à la situation économique du pays, a déclaré Bilel Mahjoubi, directeur de l’ATL, que Webdo a contacté.[/quote_box_center]

En effet, 107.000 personnes (entre 26.000 et 208.000, selon des estimations de l’association Tunisienne de lutte contre les IST/Sida) seraient infectées par le VHC en Tunisie, soit entre 0,8 et 1% de la population. Parmi ces personnes, 86.000 (entre 21.000 et 166.000) vivent avec une infection chronique nécessitant un traitement. Toutefois, le prix du traitement, réclamé par Gilead (soit 86.000 dollars) est inaccessible pour les malades.

[quote_box_center]Il y a un an, nous avons rencontré les responsables de Gilead à Bangkok qui avaient promis que le laboratoire rendrait accessible le médicament dans les pays d’Afrique du Nord, notamment la Tunisie, à un prix abordable. Un an après, non seulement rien n’a été fait, mais en plus Gilead a complètement bloqué l’accès des tunisiens au médicament en interdisant formellement aux génériqueurs Indiens de fournir le pays. C’est un véritable embargo à l’encontre des malades, s’indigne Othman Mellouk, chargé des questions de propriété intellectuelle et accès aux médicaments à ITPC-MENA.[/quote_box_center]

Sofosbuvir, 1000 dollars le comprimé

Ce traitement de l’hépatite C ayant prouvé son efficacité nécessite une cure de 12 semaines. Or, le coût d’un comprimé étant d’environ 1000 dollars, la cure coûte dans les 86.000 dollars.

En France, lors de sa mise sur le marché en 2014, le prix d’une boite de 28 comprimés était de 19.000 euros. En novembre 2014 le prix d’une telle boite a été fixé à 13.667 euros par un accord survenu entre le comité économique des produits de santé (CEPS) et le laboratoire Gilead. La cure de 12 semaines coûtait ainsi 41.000 euros par patient.

Selon les règles du commerce international et la législation tunisienne en matière de protection de la propriété intellectuelle, seule la détention d’un brevet d’invention sur le médicament permet à Gilead de jouir d’un monopole de marché. Or le laboratoire ne détient aucun brevet en Tunisie.

De ce fait, l’ATL et l’ITPC-MENA exigent que le laboratoire Gilead lève leur embargo sur la Tunisie et enregistre le médicament dans le pays à un prix abordable et compatible à la situation économique du pays.

Le ministère de la Santé appelé à prendre les dispositions nécessaires pour rendre le médicament accessible en Tunisie

Les deux associations demandent au ministère de la Santé publique tunisien de prendre les dispositions nécessaires pour rendre le médicament accessible aux milliers de personnes atteintes par le VHC, y compris le recours aux versions génériques comme c’est le cas aujourd’hui en Egypte et au Maroc.

[quote_box_center] »Le Maroc va bientôt mettre le traitement en vente, environ 300 dollars par patient et par mois je dirais. Une fois de plus le Maroc a été plus réactif que nous [la Tunisie]. Pourtant il suffit d’écrire une lettre au laboratoire pour y avoir accès, mais nous sommes toujours dans l’attente. L’Etat ne réagit pas, je suis un peu désespéré », constate amèrement Bilel Mahjoubi.[/quote_box_center]

Nous avons tenté à plusieurs reprises de contacter le ministère de la Santé publique pour obtenir plus d’informations concernant leur position par rapport aux réactions des deux associations, sans y parvenir.

Laure-Hélène Bonenfant

Commentaires: