Un gouvernement apolitique : convergence des intérêts du pays et d’Ennahdha !

Un gouvernement apolitique : convergence des intérêts du pays et d’Ennahdha !

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Hamadi Jebali - photo (theweek.co.uk)Attaque médiatique de Hamadi Jebali par médias étrangers interposés. Il vient en effet d’accorder des interviews au quotidien français « Le Monde » et à la chaîne France 24 dans lesquelles il réitère sa détermination à former un gouvernement de technocrates. Les procédures qu’il a imaginé pour y parvenir réduisent ce changement à un remaniement qui pourraient toucher apparemment tous les ministères qu’ils « soient techniques, régaliens c’est-à-dire de souveraineté (justice, intérieur, affaires étrangères, défense même si ce dernier semble faire l’unanimité) et politiques. » Le premier ministre compte « demander amicalement aux ministres de démissionner » afin de pouvoir les remplacer.

Pour cela, il a adressé des lettres à tous les partis, à toutes les associations, à l’UGTT et à l’UTICA pour leur demander de lui « proposer des candidatures de personnalités sous quatre conditions : les futurs ministres ne doivent pas avoir eu des responsabilités sous l’ancien régime, elles doivent sans appartenance politique, elles ne pourront pas se présenter aux prochaines élections- même moi je ne le ferai pas- et avoir les compétences requises. »

A ce propos, Hamadi Jebali semble avoir eu la réaction d’un homme d’État, insouciant des intérêts de son parti qu’il ne semble pas avoir consulté, avant d’affirmer qu’il ne serait « jamais à l’origine d’une scission » ne comptant pas quitter son poste de secrétaire général d’ Ennahdha ou constituer un nouveau parti avant de clore en disant qu’à l’âge de 62 ans, « il y a des moments où il faut savoir dire stop. »

Hamadi Jebali veut démontrer que sa démarche ne provient pas suite à l’assassinat odieux de Chokri Belaid, « commis par des professionnels qui ont auraient agi selon une stratégie, la cible étant la Tunisie », mais qu’elle remonte déjà à plusieurs mois lorsqu’il a commencé à réfléchir à un remaniement du gouvernement qui « n’est pas parvenu aux résultats escomptés » faisant assumer la responsabilité de cet échec à la troïka, mais aussi pour toute la scène politique tunisienne.

En fait, l’assassinat de Chokri Belaid n’a fait qu’accélérer le processus, le premier ministre souhaitant placer l’intérêt du pays au-dessus des intérêts partisans. Mais au fait, quelles sont les chances de succès de ce processus ?

Tout d’abord, Hamadi Jebali a soumis la poursuite de son œuvre à une majorité qui lui serait accordée par l’ANC, ce qui n’est pas garanti dans la mesure où Ennahdha semble hostile à ce remaniement voulant conserver sa mainmise notamment sur les ministères de souveraineté. Ce qui ferait tomber ce projet à l’eau et provoquerait un vide politique abyssal qui nous mènera dans l’inconnu !

Ensuite, peut-on croire que Hamadi Jebali œuvre contre Ennahdha. Cela nous parait loin d’être vrai dans la mesure où le premier ministre reste l’un de ses leaders. Aurait-il pris soudain conscience de l’intérêt supérieur du pays vu le contexte particulier traversé par le pays ? Peut-être oui, peut être pas ! Faudrait-il oublier les positions antérieures du même Hamadi Jebali relatifs au Califat, aux ennemis du gouvernement, au traitement des conflits sociaux dans les régions, aux nominations intensives de ses partisans dans les postes administratifs sur le plan central, régional ou local, etc.

Au contraire, on pense que Hamadi Jebali a trouvé la solution la plus intelligente pour préserver les intérêts futurs, notamment électoraux, d’Ennahdha. Cette issue est aujourd’hui soutenue paradoxalement par l’opposition qui voit dans cette démarche la concrétisation de l’une de ses revendications depuis les élections du 23 octobre.

Aujourd’hui, Hamadi Jebali, qui guiderait un gouvernement apolitique, se prévaut de respecter la neutralité. Il souhaite même l’assumer. C’est une position qui lui ferait honneur, mais en aura-t-il les moyens et en sera-t-il capable ? C’est là toute la question qui se poserait en cas de l’adoption de ce gouvernement de technocrates…

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