Un autre sit-in à la Kasbah


Les dernier mois ont été marqués par les deux sit-in à la Kasbah. Alors que le premier de ces sit-in avait été rapidement délogé, le second avait pu se poursuivre, de manière pacifique, jusqu’à la levée de l’occupation par les organisateurs.

La tentative d’organiser un troisième sit-in à la Kasbah s’est quant à elle avérée peu consensuelle et semblait n’être que le fait d’une minorité désirant engager un nouveau bras de fer avec les autorités. De ce fait, cette tentative a fait long feu avant même d’atteindre son but géographique.

L’histoire contemporaine de la Tunisie nous enseigne qu’un autre sit-in a eu lieu sur la place de la Kasbah. C’était précisément le 16 avril 1910 lorsque les étudiants de la Zitouna défilèrent devant Dar El Bey (l’actuel premier ministère) et occupèrent les lieux.

Ce mouvement estudiantin avait eu ses origines dans une agitation politique et syndicale au sein de la Zitouna qui était alors une importante université. Un grand nombre de remarques concernant la pédagogie, les moyens d’existence des étudiants et la longueur des études avaient été consignées dans une motion adressée aux autorités.

Plus de 800 étudiants – en fait, la totalité de l’effectif – signèrent cette motion qui demandait aussi l’exemption de service militaire et l’exonération d’impôts pour les étudiants. Une commission gouvernementale fut aussitôt constituée. Convoquée pour le 15 mars, cette commission ne se réunit que le 6 avril, et cette réunion n’accoucha que d’une souris.

C’est alors que les étudiants entamèrent une grève qui commença le 15 avril et provoquera le sit-in du lendemain. Suite à la manifestation, les autorités ouvrirent le dialogue avec les étudiants mais l’arrestation de deux d’entre eux dégénéra en une nouvelle occupation qui, cette fois, cibla les services du cheikh el médina à la rue Sidi Ben Arous.

Les étudiants furent libérés mais les autorités ordonnèrent la fermeture de l’université. En conséquence, le 18 avril, les étudiants profitèrent de l’heure de la prière pour s’infiltrer dans la Grande Mosquée et occuper les lieux.

Le mouvement prit alors beaucoup d’ampleur et suscita une vive émotion dans le Tunis de l’époque. En conséquence, la grève se poursuivit mais le dialogue ne fut pas rompu. Les délégués de étudiants menèrent la négociation avec brio et poussèrent leur avantage jusqu’à manifester à la rue de Rome.

En effet, 600 étudiants allèrent accueillir le bey à son arrivée en gare du Passage (où se trouvait le terminus de train en provenance de la Marsa). Nous étions le 25 avril et, au passage du souverain, les étudiants scandaient des slogans en faveur d’une nécessaire réforme.

Plusieurs étudiants furent arrêtés mais le lendemain, les autorités accepteront finalement de se plier à la volonté des étudiants. En effet, les étudiants arrêtés furent élargis et la réforme de l’enseignement entreprise. La Zitouna rouvrit ses portes le jeudi 28 avril et quelques jours plus tard, les étudiants fêtèrent leur victoire avec un grand meeting populaire qui se tiendra à la Kasbah, à côté du collège Sadiki.

Le bras de fer avait duré une dizaine de jours et continue à être considéré comme l’un des tout premiers mouvements sociaux dans l’histoire de la Tunisie moderne. Comme quoi , nos ancêtres avaient bel et bien organisé le tout premier sit-in à la Kasbah !

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