La défaite de la Tunisie n’a pas seulement clos un parcours sportif. Elle a ouvert, presque malgré elle, un débat plus large, déclenché par une déclaration à chaud de Hannibal Mejbri. Une parole brute, sans détour, qui a immédiatement dépassé le cadre du football.
« On rêve trop, on ne travaille pas assez. » La phrase a heurté, parfois choqué. Mais elle a surtout touché juste. Parce qu’elle ne visait ni un adversaire, ni un arbitre, ni même un système sportif précis. Elle pointait autre chose : une relation collective à l’effort, au temps long, à l’apprentissage.
« On rêve trop, on ne travaille pas assez » , Hannibal Mejbri
Le football, dans ce moment précis, a joué son rôle habituel de révélateur. Ce qui reste tolérable dans d’autres domaines devient soudain visible quand l’enjeu est immédiat, quand le résultat est binaire, quand l’échec ne peut être maquillé. Le terrain agit alors comme un miroir grossissant des dysfonctionnements plus larges.
Ce qui frappe dans la déclaration d’Hannibal Mejbri, c’est moins la sévérité du constat que sa portée. En s’incluant lui-même dans la critique — « moi le premier » —, le joueur évite l’écueil de la leçon et transforme son propos en interpellation collective. Joueurs, médias, institutions, citoyens : personne n’est placé au-dessus.
C’est sans doute pour cela que cette sortie est perçue comme un wake-up call. Non pas une accusation, mais une alarme. Non pas un rejet, mais une invitation à se poser les bonnes questions, dans le sport comme ailleurs. Formation, méthode, exigence, culture de l’effort : des mots rarement mis en avant dans l’euphorie des discours, mais incontournables dans le temps long.
Reste maintenant à savoir ce que la société tunisienne fera de cette parole. L’oublier comme une réaction émotionnelle d’après-match, ou l’entendre comme un signal faible mais persistant, venu d’un terrain de football, mais adressé bien au-delà.
Lire aussi: