La Direction de la police de la circulation expérimente depuis environ une semaine un nouveau dispositif reposant sur des patrouilles d’agents en civil chargées de constater et de verbaliser les infractions routières. L’objectif est de renforcer le contrôle dans les zones où les infractions se multiplient, notamment durant les heures de pointe.
Le colonel Rachid Rachikou, directeur de la police de la circulation au ministère de l’Intérieur, a expliqué que cette expérimentation intervient dans le cadre de l’évaluation régulière de la situation routière et des comportements des usagers.
Selon lui, durant les périodes de forte circulation, les agents en uniforme sont principalement mobilisés aux carrefours et sur les principaux axes afin de fluidifier le trafic. Certains conducteurs profiteraient ainsi de l’absence d’agents en uniforme dans d’autres secteurs pour commettre des infractions.
Le nouveau dispositif prévoit donc le déploiement d’agents en civil dans les points identifiés comme étant particulièrement concernés par les infractions. Ces agents peuvent constater l’infraction et la documenter par des photographies, avant que le procès-verbal ne soit établi et transmis automatiquement au contrevenant.
Les images peuvent également être utilisées comme éléments de preuve en cas de contestation de l’infraction par le conducteur.
Un dispositif provisoire avant la généralisation des caméras
Le responsable a précisé que le recours aux photographies prises par les agents constitue une mesure transitoire, dans l’attente de l’achèvement du déploiement des caméras de surveillance destinées à détecter automatiquement les infractions routières.
Rachid Rachikou a également affirmé que le recours à des patrouilles en civil pour constater les infractions est prévu par la loi. L’objectif est de maintenir le respect du Code de la route, y compris dans les zones où les agents en uniforme ne sont pas présents.
Le déploiement de ces patrouilles est organisé selon un programme hebdomadaire établi par la direction des opérations, qui détermine les secteurs nécessitant un contrôle renforcé.
L’expérimentation a notamment concerné le Centre urbain Nord vendredi dernier, où un nombre important d’infractions a été relevé. Samedi, les opérations se sont concentrées sur plusieurs rues de la capitale, notamment pour contrôler les infractions liées au stationnement.
Cette nouvelle approche intervient alors que les autorités cherchent à renforcer le contrôle des comportements routiers et à élargir la surveillance au-delà des seuls points de présence habituels des agents de la circulation.
Projet d’amendement du Code de la route
Le durcissement des sanctions avait déjà été annoncé par Sami Rachikou en 2025. Le projet d’amendement du Code de la route prévoyait notamment le retrait du permis pour certaines infractions graves, avec des durées pouvant atteindre plusieurs mois en fonction du dépassement de la vitesse autorisée, ainsi que le recours aux nouvelles technologies pour constater les infractions.
Ces mesures s’inscrivent dans la Stratégie nationale multisectorielle de sécurité routière 2025-2034. Celle-ci repose sur cinq axes et prévoit 168 projets et actions, avec notamment le développement des infrastructures, la sécurité des usagers, la sécurité des véhicules et l’amélioration des interventions après les accidents. L’objectif affiché est de réduire progressivement les accidents, jusqu’à une baisse de 50 % à l’horizon 2034.
L’urgence de ces mesures apparaît dans les dernières statistiques de l’Observatoire national de la sécurité routière. Au 1er octobre 2026, la Tunisie comptabilisait 3.616 accidents de la route, 1.029 décès et 4.692 blessés depuis le début de l’année. Par rapport à la même période de 2025, le nombre d’accidents a diminué de 13,43 % et celui des blessés de 15,22 %, mais le nombre de décès reste supérieur de 10,76 %.
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Les données de l’ONSR montrent également que l’inattention et le manque de vigilance demeurent les principales causes d’accidents. Au 27 septembre, elles étaient à l’origine de 1.078 accidents, devant la vitesse, impliquée dans 768 accidents. En revanche, la vitesse demeure le premier facteur associé aux accidents mortels, avec 374 décès enregistrés à cette date.
Le renforcement des contrôles intervient donc alors que la Tunisie enregistre une situation paradoxale : moins d’accidents et moins de blessés, mais davantage de morts qu’à la même période de l’année précédente. Le recours aux patrouilles en civil vient ainsi compléter un dispositif qui doit progressivement intégrer les caméras, les radars et de nouvelles dispositions réglementaires afin de renforcer la constatation et la sanction des comportements dangereux.