À l’occasion du 15e anniversaire de la révolution, la situation des journalistes tunisiens reste au centre des préoccupations professionnelles. Dans un communiqué publié mercredi, la Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) dénonce la poursuite du blocage administratif lié à l’attribution de la carte de journaliste professionnel pour l’année 2026.
Selon le syndicat, près de 2 000 journalistes sont concernés. Après la non-délivrance des cartes en 2025, officiellement justifiée par l’absence de quorum au sein de la commission indépendante chargée de les attribuer, le gouvernement n’a pris aucune mesure pour résoudre la situation. Cette paralysie, souligne le SNJT, crée des entraves réelles à l’exercice du métier, notamment pour se déplacer, accéder à des événements officiels ou couvrir des opérations sur le terrain.
Des restrictions qui touchent aussi la presse internationale
Le syndicat indique avoir recensé ce mercredi trois cas de journalistes étrangers empêchés de travailler faute de disposer d’autorisations professionnelles. Ces cartes temporaires, renouvelées mensuellement, ne l’ont plus été depuis septembre 2025 sans justification juridique. Le SNJT estime que cette pratique porte atteinte à la liberté de couverture indépendante et ternit l’image de la Tunisie à l’étranger.
Le communiqué rappelle également que la réforme du statut des médias publics, adoptée en 2023 et censée entrer en vigueur en janvier 2024, n’a toujours pas été appliquée. La radio nationale, la télévision tunisienne et l’agence TAP attendent toujours les textes d’exécution. Pour des centaines d’agents, les retards signifient le gel de droits professionnels et d’avancements, aggravant la précarité dans ces institutions. Le syndicat pointe par ailleurs la persistance de situations professionnelles fragiles au sein de plusieurs rédactions publiques, dont la radio nationale, TAP et Dar Assabah, en dépit des protections prévues par le droit du travail.
Les directeurs de journaux se joignent aux alertes
Cette mise en garde du SNJT intervient alors que des directeurs de journaux ont, eux aussi, alerté sur les conséquences du blocage prolongé des cartes professionnelles. Plusieurs responsables éditoriaux ont récemment souligné les difficultés opérationnelles liées à cette situation : impossibilité pour leurs équipes d’accéder aux zones sécurisées, complications pour la couverture d’événements officiels et retards dans la contractualisation de missions nécessitant une carte valide. Ces alertes convergentes traduisent une inquiétude généralisée au sein du secteur, où la question est désormais considérée comme structurelle et non conjoncturelle.
Face à ce que le syndicat qualifie de politique d’obstruction, le SNJT appelle à l’achèvement immédiat de la composition de la commission d’attribution des cartes, au renouvelement des autorisations des correspondants étrangers et à la mise en œuvre urgente de la réforme des médias publics. Il demande également la régularisation des statuts des journalistes travaillant dans les institutions publiques. Le SNJT affirme maintenir son engagement dans une action syndicale pacifique pour défendre les droits des journalistes et la liberté de la presse, et tient l’exécutif pour responsable des conséquences de ce blocage prolongé.
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