La recrudescence des crimes violents en Tunisie ne relève plus، selon certains spécialistes، de faits isolés ou exceptionnels. Pour le sociologue Mohamed Jouili, professeur de sociologie à l’Université de Tunis, le pays fait face à un phénomène plus profond et plus inquiétant : une forme de banalisation progressive du meurtre au sein de la société.
Intervenant ce mardi sur les ondes de Jawhara FM, Jouili a dressé un diagnostic sombre de la situation, évoquant « une sorte de normalisation du crime », notamment à travers les usages numériques. « L’acte de tuer est devenu, dans certains contextes, presque ordinaire. Il circule de manière fluide sur les réseaux sociaux, ce qui contribue à le rendre plus facile et plus rapide à commettre », a-t-il expliqué.
Pour le sociologue, cette circulation massive et instantanée des contenus violents participe à désensibiliser l’opinion publique. La diffusion de vidéos montrant des scènes de crime ou des corps sans vie n’est plus perçue comme choquante par une partie des internautes, mais comme un simple contenu parmi d’autres, consommé et partagé sans recul.
Mohamed Jouili estime par ailleurs que le débat récurrent autour du rétablissement de la peine de mort ne constitue pas une réponse efficace. « L’exécution capitale ne changera rien. Celui qui décide de tuer ne réfléchit pas en termes de sanction. L’acte est souvent impulsif, guidé par une rupture totale avec les normes », a-t-il affirmé, rejetant l’idée de l’effet dissuasif de l’extrême sanction.
Une forte pression psychologique
Selon lui, ce phénomène s’inscrit dans un contexte social marqué par une forte pression psychologique, des tensions économiques et une montée d’une culture de l’excès, qu’il qualifie de « culture du passage à l’extrême ». Cette dynamique favorise des comportements violents, où l’individu cherche une issue radicale à ses frustrations ou à ses conflits.
Revenant sur le drame survenu récemment à Menzel Bourguiba, au cours duquel un individu a commis un crime avant de se suicider, le sociologue a souligné la portée symbolique du message laissé par l’auteur des faits. Ce message, selon lui, peut être interprété comme une tentative de construire une logique entre la cause et l’acte, voire comme un prolongement du geste criminel visant à en justifier le sens aux yeux des autres.
À travers cette analyse, Mohamed Jouili met en lumière une problématique sociétale profonde qui dépasse le cadre sécuritaire ou judiciaire. Une alerte qui invite à repenser les politiques de prévention, le rôle des médias et des plateformes numériques, ainsi que les mécanismes d’accompagnement psychologique et social, face à une violence devenue, pour certains, tristement ordinaire.
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